Page 4 - Bulletin mars 2018
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La bombe atomique dans la fin de Staline. Un Staline contraint depuis l'essai d'arsenaux atomiques a d'autres causes. 
la 2̀me Guerre mondialeŕussi de S11 de ĥter son intervention Parmi celles-l̀, la d́fiance entre allís.

En marge de la conf́rence de Potsdam contre un nord du Japon d́garni, car hors Quelques mois plus t̂t, durant les 
(17/07 au 02/02 1945), le ǵńral de port́e des B29 de l'USAF. Le Japon, ̀ travaux de l'Interim Committee2, la proposi- 
l'oppoś, ne sait rien. Tablant sur son trait́ tion d'internationaliser la production d'́ner- 
Eisenhower s'entretint avec le Pŕsident 
Truman et les Secŕtaires d'Etat, Byrnes, et de neutralit́ avec l'URSS et escomptant gie atomique sous l'́gide de la future ONU 
que les Aḿricains chercheront ̀ ́viter le avait ́t́ discut́e et retenue. Cependant se 
̀ la Guerre, Stimson. Concernant l'usage de 
l'arme atomique qui venait d'̂tre test́e genre de bain de sang d'Okinawa ou d'Iwo posait aussi la question de ce qu'on allait 
avec succ̀s le 16 juillet, il relata :Jima, il ne lui reste que deux options : arra- dire ̀ Staline. Churchill avait ́t́ obśd́ 
cher une capitulation honorable par la voie par l'id́e de d́clarer la guerre ̀ l'URSS. Il 
« . le Secŕtaire ̀ la Guerre Stimson, 
de passage au quartier ǵńral en diplomatique passant par Moscou ; ̀ ́tait imṕratif ̀ ses yeux de maintenir un 
d́faut, attendre de pied ferme les troupes secret absolu : l'arme, si elle se ŕv́lait 
Allemagne, m’a inforḿ de la pŕparation 
du largage d’une bombe atomique sur le US et leur infliger un maximum de pertes.efficace, serait l'atout surprise majeur pour 
Japon. J’́tais de ceux qui sentaient qu’il y Hiroshima laisse impavides les dirigeants l'emporter. Roosevelt, puis Truman, ́taient, 
nippons. L'Empereur n'en est inforḿ que eux aussi, d'avis de ne rien dire.
avait de nombreuses raisons convaincantes 
de se poser des questions sur la sagesse le 7 aôt. Le discours de Truman annoņant Apr̀s son arriv́e ̀ Potsdam, Churchill 
au monde l'́v́nement n'est pas discut́ lors est inforḿ « qu'un enfant est ń, plus 
d’un tel acte.
« . je lui fis savoir mes graves pressen- des conf́rences gouvernementales sur la grand qu'attendu. ». Le lendemain, la 
timents : en premier lieu, que j’́tais ŕponse ̀ donner ̀ l'ultimatum lanć de lecture du rapport sur Trinity le laisse 
Potsdam, par Truman, Churchill et Chang bouleverś. Apr̀s une nuit de ruminations 
convaincu que le Japon ́tait d́j̀ d́fait et 
que larguer la bombe ́tait compl̀tement Kay-Shek. Car soixante-six villes, dont il a chanǵ d'avis : il faut dire l'essentiel ̀ 
inutile ; par ailleurs, je pensais que notre Tokyo, ont ́t́ en partie raśes et Staline – la nature de la bombe et sa 

pays devrait ́viter de choquer l’opinion incendíes depuis le d́but mars par les prochaine utilisation contre le Japon. Le 
mondiale par le recours ̀ une arme dont raids massifs de l'USAF. Une ville d́truite journal de Stimson, en date du 22 juillet, 
de plus ne change pas la donne !ŕv̀le que les deux d́ĺgations, britannique 
l’emploi n’́tait ̀ mon avis plus obligatoire 
pour sauver des vies aḿricaines. J’́tais Il est possible que Staline se soit attendu et aḿricaine, approuvent cette option. En 
ŝr que le Japon, ̀ ce moment crucial, ̀ ce que Hiroshima pousŝt le Japon ̀ capi- effet, tous pressentent que c'est la condition 

cherchait les voies d'une reddition avec un tuler, ce sur quoi comptait Washington. premìre pour ́tablir le niveau de 
minimum de perte de face. »L'absence de ŕaction nipponne l'aura d́ci- confiance indispensable aux futurs rapports 
d́ ̀ sortir de sa neutralit́ et ouvrir les avec l'URSS. Mais Truman se limite, en a 
D́nouement shakspearien, duperie 
historiquehostilit́s d̀s le 8 aôt. La nouvelle arrive ̀ parte, ̀ informer Staline que les Etats-Unis 
Tokyo ̀ 7h le lendemain matin. C'est aussi- disposent d'une bombe d'une puissance 
L'acte final de la traǵdie commence. 
Eisenhower a sans doute eu connaissance t̂t la panique autour de l'Empereur. Mos- ińdite, sans plus, et qu'il va l'utiliser contre 
cou n'est plus neutre ! Or les strat̀ges japo- le Japon. Staline ne fait pas montre du 
du ḿmorandum de la ŕunion du Pŕsident nais avaient ́valú qu'il ne faudrait pas une moindre int́r̂t.
et des chefs d'́tat-major du 18 juin, qui 
d́taille le plan d'invasion du Japon, dont semaine avant que les troupes sovítiques De toute fa̧on, l'internationalisme 
n'investissent Hokkaido, l'̂le du Nord.atomique n'avait aucun avenir : d̀s 1942, 
les grandes lignes ont ensuite ́t́ communi- Un dialogue implicite se d́roule alors Kurtchatov avait rȩu l'ordre de concevoir 
qúes ̀ Staline. En f́vrier 1945, ̀ Yalta, ce 
entre Truman et l'Empereur pour que la un programme atomique, dont la mise en 
dernier s'́tait engaǵ, dans un d́lai de victoire tombe dans la gibecìre aḿri- œuvre commencera ̀ peine la guerre 
deux ̀ trois mois apr̀s la fin des hostilit́s 
en Allemagne, ̀ d́noncer le trait́ de caine. Le discours de Truman annoņant le termińe.
bombardement d'Hiroshima ne contenait Des d́penses ̀ l'affectation suspecte 
neutralit́ sigń avec le Japon le 13 f́vrier aucun mot sugǵrant que l'arḿe imṕriale avaient attiŕ l'attention du Congr̀s. Les 
1941. Le 18 juin, la bombe atomique reste 
aurait d́ḿrit́. L'accent ́tait mis sur ́lus commeņaient ̀ s'alarmer. Fin mai 
un param̀tre hypoth́tique dans la strat́gie l'avance scientifique aḿricaine. Cette 1945, Groves calma le jeu en organisant la 
aḿricaine, de m̂me que la date de l'entŕe 
en guerre de l'URSS contre le Japon.formulation autorisait le souverain ̀ visite de cinq parlementaires au centre 
accepter une capitulation sans condition d'Oak Ridge, ò ils d́couvrirent l'immense 
Des trois acteurs, Staline est le mieux pour, selon les mots de son adresse du 15 complexe d'enrichissement de l'uranium. 
inforḿ. Il sait que, depuis juin 1944, le Ja- 
aôt ̀ la nation, ́viter « . l'effondrement Car le programme a côt́ l'́quivalent de 
pon cherche les voies d'une capitulation ń- et l'ańantissement de la nation japonaise 40 Md$ d'aujourd'hui, de l'ordre de ce 
gocíe ; il vient de d́cider de "faire patien- 
ter" le Prince Konoye, l'envoý de Tokyo ̀ . par une arme de destruction cruelle ». qu'avait côt́ la moití de tous les raids de 
Est ainsi repousś le spectre du l'USAF sur le Japon ! Si la bombe n'avait 
Moscou apr̀s la capitulation du Reich pour d́mant̀lement du Japon par Staline, et pas arr̂t́ la guerre et ́vit́ les ́normes 
solliciter une ḿdiation aupr̀s des Aḿri- 
Sh̄wa Tenn̄ sauve son tr̂ne. A aucun pertes et d́penses d'un d́barquement – 
cains ; il a suivi depuis leur d́but les tra- moment, le largage le 9 aôt d’une bombe toutes conclusions tiŕes en faisant abstrac- 
vaux du Manhattan Project, a eu connais- 
sance du succ̀s de Trinity, et sait que atomique sur Nagasaki n'a ́t́ ́voqú.tion de l'entŕe des Russes dans le jeu – 
La ĺgende de l'arme miracle stoppant net alors on n'aurait pas pu pŕtendre que 
Truman ne le sait pas. Seule donńe man- une guerre totale nât ce jour- l̀.l'arme atomique posśdait la vertu de 
quante : la date du bombardement atomique 
L'engrenage de la d́fiance ; la justifi- « faiseuse et garante de paix », la plus 
du Japon. Une course contre la montre ́conomique de surcrôt.
s'engage. Pour Staline, il s'agit de transf́rer cation par le côt.
ses troupes et leur logistique du front Ouest Cependant, l'importance accord́e ̀ Ironie de l'Histoire, Eisenhower se 
Hiroshima dans la formulation d'une persuada d̀s 1946 qu'́nergie et armes 
au front Est afin de prendre, comme en Eu- atomiques allaient assurer au côt le plus
rope, toute sa part de la victoire. Pour doctrine qui postule irŕversible l'existence 
1 Nom de code de la bombe au plutonium2 le Comit́ ́tait charǵ de d́finir l'usage de 
Truman, il s’agit d'utiliser l'arme avant que 
le Japon ne soit forć de capituler devanttest́e le 16 juillet 1945, celle surnomḿe l'arme et de proposer un programme atomique 
Gadget par le staff de Los Alamos.pour l'apr̀s-guerre.




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