tchernobylforever [Enfants de Tchernobyl Belarus]
 




Différences

Ci-dessous, les différences entre deux révisions de la page.

Les deux révisions précédentes Révision précédente
Révision précédente
tchernobylforever ['02/01/2015 15:56']
tchernobylforever ['15/06/2019 14:38'] (Version actuelle)
Name
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 +<​html>​
 +<table border="​0"><​tr>​
 +<td width="​45"><​a href="​http://​enfants-tchernobyl-belarus.org/​doku.php?​id=chernobylforever"><​img src="​./​extra/​english.jpg"​ width="​40"​ height="​40"></​a></​td>​
 +<td width="​120"><​a href="​http://​enfants-tchernobyl-belarus.org/​doku.php?​id=chernobylforever">&​nbsp;<​big>​English version</​big></​a></​td>​
 +<td width="​45">​ <a href="​http://​enfants-tchernobyl-belarus.org/​doku.php?​id=永遠のチェルノブイリ"><​img src="​./​extra/​japan.png"​ width="​40"​ height="​40"></​a></​td>​
 +<td width="​90"><​a href="​http://​enfants-tchernobyl-belarus.org/​doku.php?​id=永遠のチェルノブイリ">&​nbsp;<​big>​日本語</​big></​a></​td>​
 +<td width="​45">​ <a href="​http://​fr.ulule.com/​tchernobyl-forever"><​img src="​./​extra/​ulule.jpg"​ width="​40"​ height="​40"></​a></​td>​
 +<td width=150 align="​center">&​nbsp;​ <a href="​http://​fr.ulule.com/​tchernobyl-forever"><​big>​Voir le succès<​br>​de l'​opération</​big></​a></​td>​
 +<td width="​60">&​nbsp;</​td>​
 +<td width="​130"​ align="​center"><​big>​Somme engagée : <​br>​sur 27 500 €</​big></​td>​
 +<​td><​iframe src="​http://​enfants-tchernobyl-belarus.org/​extra/​fonds.html"​height="​40"​ width="​150"></​iframe></​td>​
 +</​tr></​table>​
 +</​html>​
 +\\
 +<WRAP centeralign>​
 +<fs large> <color #​bb3300>​Achetez dès à présent votre Livre-DVD ou votre DVD </​color>​ [[boutique-etb|dans notre boutique en ligne]]</​fs></​WRAP>​
 +----
 +<boi frame-orange 80%| <WRAP centeralign>​**Origine et but de l'​opération Tchernobyl forever**\\ \\ </​WRAP>>​
 +En Janvier 2012, Alain-Gilles Bastide a mis la dernière main à son carnet de voyage « **Tchernobyl Forever** »,​ mais a eu à son sujet la même réaction qu’il avait eue à propos de cette photo magnifique de « la Poupée Atomique » : ce carnet ne lui appartenait pas.\\ ​
  
 +Il a donc conçu l’idée d’en faire un ouvrage participatif,​ en y associant d’autres personnes. ​ « **Tchernobyl Forever** » est un projet de livre-DVD dont le produit de la vente est destiné à la protection des enfants soumis à l'​irradiation de Tchernobyl. Il s'agit d'une opération humanitaire pour pallier l'​abandon de toute radio-protection effective par les services des santé biélorusses,​ comme si on pouvait tourner la page de Tchernobyl. Il a donc proposé cette idée à l’association « Enfants de Tchernobyl Belarus »,​ avec l’aide de laquelle il a mis sur pied l’opération. Aujourd’hui,​ elle est prête, et il faut la mener à terme. « **Le succès de l’opération est entre les mains de tous** »\\
 +<WRAP centeralign>​ <wrap caution>​[[http://​www.ulule.com/​tchernobyl-forever/​|Participez,​ aidez les enfants ! Merci.]]</​wrap>​ </​WRAP>​\\ ​
 +</​boi>​
 +====== Opération Spéciale ​ : Tchernobyl forever ======
 +~~NOTOC~~
 +
 +<​WRAP>​
 +<boi frame-white 200px left>
 +{{popup>:​operation-speciale:​poupee-etb.jpg?​190}}\\ <​html><​center><​p style="​font-size:​80%;">​Prypiat 2005</​p></​center></​html>​
 +</​boi>​\\
 +<tab> Cette photo a été faite dans le jardin du Jardin d'​Enfants de Prypiat en 2005. Quelqu'​un que j'​avais rencontré pendant la préparation de mon voyage m'​avait parlé de cette tête de poupée qui l'​avait frappé, 10 ans auparavant quand elle était allée là-bas. Je l'ai effectivement trouvée sous un arbre qui avait poussé à côté. Même mon guide ne la connaissait pas.
 +
 +<​tab>​Malheureusement après que je l'ai eu photographiée et que l'​image a été diffusée et à commencer à faire "le tour du monde",​ j'ai appris que des touristes l'​avait arrachée à son mausolée naturel, pour pouvoir la photographier confortablement. C'est triste.
 +
 +<​tab>​Quand je suis rentré on m'a immédiatement demandé de m'​acheter cette image. J'ai été surpris, gêné. J'ai répondu qu'​elle n'​était pas à vendre, que j'​avais l'​impression,​ le sentiment plutôt, qu'​elle ne m'​appartenait pas. J'en ai fait don à la CRIIRAD pour l'​opération de financement d'un Labo en Bélarus pour Bandajewski. Et puis Laure Nouhalat l'a utilisée jusqu'​à il y a très peu de temps pour son Blog Terre sur Libé. ​ Puis les expos que j'ai faites d'une vingtaine d'​images de //​Tchernobyl Forever//. Et puis effectivement elle est apparue un peu partout, peut-être comme dit Laure Nouhalat parce qu'​elle est "​Terriblement belle"​.
 +<WRAP centeralign>​**A.-G. Bastide**</​WRAP>​
 +</​WRAP>​
 +
 +<boi frame-white 410px center>
 +{{popup>:​tchernobylforever:​graph-fr.jpg?​400}}
 +</​boi>​
 +
 +<boi frame-blue|<​WRAP centeralign>​**CHERNOBYL - BELRAD - ENFANTS DE TCHERNOBYL BELARUS**\\ \\ </​WRAP>>​
 +<​tab>​Vingt huit ans après Tchernobyl le public n'a pas vraiment une vision synthétique et claire des immenses implications et significations de cette catastrophe. Le projet //​Tchernobyl forever//​ m'​a incité à proposer une synthèse en deux grandes parties pour accompagner le livre + DVD offert par le promoteur du projet et les artistes, scientifiques,​ graphistes et écrivains qui y ont apporté leur concours.\\
 +
 +<​tab>​La première partie (chapitres 1 à 3) constitue un constat et une mise en perspective : le constat chiffre les contaminations de la chaîne alimentaire et de l'​organisme des populations vivant dans des territoires contaminés et donne un aperçu de l'​état désastreux de la santé des enfants, qui n'a cessé de s'​aggraver au fil des années ; la mise en perspective concerne l'​intensité des retombées en regard de celles que l'on a mesurées dans la zone proche de Nagasaki qui a reçu les fameuses "​pluies noires"​ tombées après l'​explosion du 9 août 1945.\\
 +
 +<​tab>​La seconde partie (chapitres 4 et 5) raconte l'​histoire d'une entreprise indépendante pour assurer la radio-protection des enfants, la population la plus vulnérable à la contamination corporelle par les retombées de Tchernobyl. C'est celle de l'//​Institut BELRAD//​ de Minsk au Belarus, irréductiblement attachée à la formidable personnalité de son fondateur, Vassily Nesterenko. Et c'est, depuis le 27 avril 2001, celle de l'​association française //Enfants de Tchernobyl Belarus//,​ que j'ai l'​honneur de présider depuis mars 2010. Notre association apporte à //​BELRAD//​ un soutien financier sans lequel l'​Institut aurait disparu.\\
 +
 +<​tab>​Nous sommes reconnaissants et honorés d'​avoir été choisis pour être co-porteurs avec l'​association //​Photographisme//​ de l'​aventure //​Tchernobyl forever//​..\\
 +
 +<​tab>​**Yves Lenoir**, //​président ​ de l'​association Enfants de Tchernobyl Belarus.//
 +</​boi>​
 +
 +===== Tchernobyl, 28 ans plus tard : Tchernobyl forever =====
 +<fs medium>​L'​action de l'​Institut //BELRAD// de Minsk et de l'​association//​ Enfants de Tchernobyl Belarus//​[(http://​www.belrad-institute.org)]</​fs>​
 +
 +//Yves Lenoir, président ​ de l'​association Enfants de Tchernobyl Belarus (février-mars 2014)//
 +
 +
 +==== Introduction ====
 +<​tab>​**Prologue.**\\
 +<boi frame-light 170px left>
 +{{popup>:​base_documentaire:​yves-lenoir.jpg?​160}}\\ <​html><​center><​p style="​font-size:​80%;">​Yves Lenoir</​p></​center></​html>​
 +</​boi>​\\
 +<​tab>​On approche de la demi-vie du Cs<​sub>​137</​sub>​ répandu par l'​accident de Tchernobyl. Un moment comme un autre pour présenter une courte synthèse de cette situation bizarre qui vue de loin, superficiellement,​ semble vous dire “//​Tchernobyl appartient au passé//” alors que rien n'est réglé. La certitude est établie que les enfants sont de plus en plus malades et que leur contamination corporelle n'a tendance à baisser que là où l'​Institut de radioprotection indépendant //BELRAD// intervient. Mais une immense incertitude,​ pour ne pas dire une ombre menaçante, plane sur les générations d'​après Tchernobyl. Car ces enfants de plus en plus malades sont maintenant et dorénavant nés après la catastrophe. Ils n'ont pas reçu le “choc de l'iode radioactif”. Tous ne vivent pas dans un environne­ment très contaminé par les retombées radioactives de l'​accident. Cependant, leurs parents ont tous subi ce choc initial, et beaucoup viennent des milliers de villages évacués. La plupart se sont contaminés durant des années en consommant les aliments radioactifs succulents offerts par la nature sauvage (champignons,​ baies, gi­bier, produits de la pêche…) et par les produits du potager familial.
 +++++Lire la suite...|
 +<​tab>​Aider à saisir ce qu'il en est constitue l'​objet de ce texte écrit pour accompagner le magnifique et généreux projet //​Tchernobyl forever//​[(Alain-Gilles Bastide a photographié la Zone en 2005 et conçu alors le projet //​Tchernobyl forever//. )]. //​Tchernobyl forever// nous introduit dans la //Zone//. Il est notre guide, celui qui nous in­vite à porter un regard “innocent” — le point de vue de Sirius — sur ce résidu monstrueux, marqué par l'​em­preinte invisible de la radioactivité et par l'​usure du temps, que laisse derrière elle la catastrophe atomique. C'est un //​stalker//​.\\
 +<​tab>​Le mot //stalker// est irréductiblement attaché au dévoilement initiatique de ce monde d'​après. En 1972 les frères A. et B. Strougatski inaugurent la forme moderne du thème avec leur roman //​Stalker//​. Ce livre inspira le chef d'​œuvre d'A. Tarkovsky, //​Stalker//​[(Synopsis (extraits) du film //Stalker (1979) : “Il existe une zone, lieu dont personne ne connaît la nature. A-t-elle été touchée par une bombe ato­mique ?​ Une météorite ?​ La venue d'​extraterrestres ?​ Cette zone est crainte par tout le monde et cernée par la po­lice. On ne peut y entrer : elle est considérée comme dangereuse. En son cœur, on dit qu'il existe un lieu, « la chambre »,​ où tous les sou­haits peuvent être réalisés. Des passeurs, nommés « stalkers »,​ peuvent guider ceux qui tentent d'​atteindre la zone…\\
 +Un écrivain et un professeur de physique sont parvenus à entrer en contact avec un stalker et décident de pénétrer dans la zone et de découvrir cette fameuse chambre. Ils ignorent que la zone suit ses propres règles, dont seul le stalker peut comprendre le sens. Ces règles contraignent le professeur et l'​écrivain à révéler leur personnalité intime, ce qu'ils cachent au plus profond d'​eux-mêmes.…”//​)]. En 2011 A. de Halleux a introduit et clos son film //Chernobyl 4 ever//​[[films-interviews-debats#​chernobyl_4_ever| Voir le film]] par des séquences du jeu vidéo, titré lui aussi //​Stalker//​[(Annoncé en 2001, ce jeu développé en Ukraine a été primé comme meilleur jeu du genre après sa sortie sur le marché en 2006.)]. L'​argument est là : le cinéaste est le //stalker// ouvrant un groupe de jeunes musiciens ukrainiens à la signification de la //Zone//, sur place et dans leur esprit.\\
 +<​tab>​A nous, modestement,​ de jouer aussi ce rôle de //​stalker//,​ celui qui essaye de rendre compréhensible,​ à soi-même en premier lieu, pour passer le message aux autres en­suite, le monde nouveau et insondablement terri­fiant engendré par la catastrophe atomique. A défaut le fil pour­rait se rompre, que chacun de cette chaîne de //​stalkeri//​ tire à sa manière. Les Strougatski et Tarkovsky savaient qu'il y avait une zone inter­dite dans l'​Oural suite à une épouvantable catastrophe. Immenses poètes visionnaires,​ il ont établi le lien entre désirs et rêves hu­mains et déclenchement du désastre avec la fascination qu'il suscite. Le liquidateur créateur du jeu vi­déo //​Stal­ker//​ a pris le relais et l'a transmis à une nouvelle génération qui n'a sans doute jamais vu le moindre film de Tar­kovsky. Alain de Halleux surprend un jeune jouant à ce jeu dans un café de Kiev et, séduit par l'​abîme que cette découverte ouvre sous ses pieds, y trouve l'​idée féconde d'un scénario classique. //​Tcherno­byl forever// qu'​Alain-Gilles Bastide a choisi pour intituler son livre de photos de la //Zone// m'​incite à provo­quer l'​imagination car en anglais //stalker// a conservé son sens primitif de harceleur. Tant de forces s'​emploient à tourner la page de Tcher­nobyl que remplir le rôle du harceleur qui la réouvre obstinément n'est pas sans utilité ni mérite.\\
 +<​tab>​Un très grand stalker nous a ouvert la voie, Vassily Nesterenko†. Ce travail est dédié à sa mémoire.\\
 +
 +<​tab>​**Sommaire.**
 +  - Vingt huit ans après Tchernobyl, la situation radiologique du Belarus reste une menace perma­nente pour les habitants des régions contaminées.
 +  - Belarus, Nord de l'​Ukraine,​ Sud-Ouest de la Russie : une situation pire que post guerre atomique.
 +  - La situation sanitaire ne cesse de se dégrader, surtout celle des enfants.
 +  - Histoire de //​BELRAD//​ :​ sa gestation ;​ son rôle irremplaçable.
 +  - 5. //Enfants de Tchernobyl Belarus// et //​BELRAD//​ :​ un long parcours solidaire.
 +
 +~~REFNOTES~~
 +++++
 +==== 1 - Les problèmes demeurent ====
 +<WRAP centeralign><​fs medium>​Vingt huit ans après Tchernobyl, la situation radiologique du Belarus reste\\ une menace perma­nente pour les habitants des régions contaminées.</​fs></​WRAP>​\\
 +
 +<​tab>​La réalité de cette menace est établie, d'une part par la contamination des végétaux et des animaux dans les parties du territoire où d'​importantes retombées radioactives se sont produites en 1986, et d'​autre part par les me­sures de la charge radioactive des enfants suivis par les équipes de l'​Institut de radioprotection //​BELRAD//​.\\
 +<​tab>​Les données collectées ces dernières années témoignent de la permanence du risque de contamination ali­mentaire. Les deux tableaux ci-dessous concernent l'​année 2013 :​++++Lire la suite|
 +<​WRAP>​
 +{{:​tchernobylforever:​problemes-01.jpg?​370 |}}
 +{{ :​tchernobylforever:​problemes-02.jpg?​370|}}\\
 +</​WRAP>​
 +<WRAP clear></​WRAP>​
 +<​tab>​On voit que 15,2% des échantillons testés sont contaminés au delà des limites légales au Belarus, rappe­lées ci-dessous :​\\
 +{{ :​tchernobylforever:​problemes-03.jpg?​580 |}}
 +
 +<​tab>​Ces limites, issues des recommandation de la //CIPR// (//​Commission Internationale de Protection Radiolo­gique//​),​ sont elles protectrices ?​ L'​accumulation corporelle ré­sultant de l'​ingestion chronique de 10 Bq/jour de Cs<​sub>​137</​sub>​ donne la réponse : non. On va distinguer 5 catégories d'​êtres humains : le nour­risson jusqu'​à un an (1), l'​enfant jusqu'​à 14 ans (2), l'​adolescente et la femme (3), l'​adolescent (4) et l'​homme adulte (5). Les temps caractéristiques biologiques [(Temps caractéristique :​ le temps nécessaire pour que la concentration d'une ingestion unique soit réduite de 1/e. Il vaut donc 1,44 fois la demie-vie. En multipliant l'​apport journalier chronique par ce paramètre on obtient la charge corporelle limite, quasi atteinte après une durée de cinq fois ce temps caractéristique.)] du Cs<​sub>​137</​sub>​ asso­ciés sont, dans le même ordre, de 15, 30, 60, 100 et 150 jours. Les poids de corps indicatifs à considérer,​ tou­jours dans cet ordre, sont : 6, 40, 60, 70 et 85 kg. Comme on le verra, plus le sujet est jeune et plus rapidement l'​équilibre entre apport chronique et élimination est atteint. Le tableau -1- ci-après présente la racine du problème que pose la radioprotection dans les zones contaminées.
 +
 +|  |  Catégorie ​ |  Temps caractéristique ​ | Poids indicatif ​ |  Charge Cs<​sub>​137</​sub> ​ |  Durée d'​accumulation ​ |
 +|  1)  |  nourrisson jusqu'​à 1 an  |  15 jours  |  6 kg  |  25 Bq/kg  |  2 mois  |
 +|  2)  |  enfant de 1 à 14 ans  |  30 jours  |  40 kg  |  8 Bq/kg  |  5 mois  |
 +|  3)  |  adolescente et femme adulte ​ |  60 jours  |  60 kg  |  10 Bq/kg  |  10 mois  |
 +|  4)  |  adolescent ​ |  100 jours  |  70 kg  |  13 Bq/kg  |  1 an et demi  |
 +|  5)  |  homme adulte ​ |  150 jours  |  85 kg  |  17 Bq/kg  |  2 ans  |
 +|  Tableau -1- Charge corporelle après la durée d'​accumulation pour une ingestion de 10 Bq/jour de Cs<​sub>​137</​sub> ​ ||||||
 +
 +<​tab>​Par souci de simplification on retiendra que s'​alimenter avec des produits contaminés à un certain taux provoque à terme une contamination interne par kg de poids de corps égale à l'​ingestion journalière de Cs<​sub>​137</​sub>,​ sauf pour le nourrisson chez qui elle vaut le double. Par ailleurs, plus l'​organisme est jeune, plus vite il est contaminé et plus élevée est sa contamination corporelle.\\
 +<​tab>​L'​enfant en bas âge alimenté à base de lait à la limite de 100 Bq/l aura ainsi une contamination corporelle de l'​ordre de 200 Bq/kg. Qu'il soit enfant ou adulte, celui qui aura une ration alimentaire composée de produits (pommes de terre, viande, céréales etc) aux limites légales, accumulera lui aussi environ 200 Bq/kg. Les travaux de l'​Institut médical de Gomel dirigé par Y. Bandazhevsky ont établi que la limite de contamination interne au delà de laquelle les enfants présentaient des affections significatives était de 20 Bq/kg. Une valeur impossible à respecter lorsque l'on vit en zone contaminée,​ serait-on extrêmement vigilant. Les parcours ci-dessous de la Figure -1- de deux enfants du même village permettent de prendre conscience des réalités physiques et sociologiques qui déterminent la contamination de chacun :
 +
 +{{popup>:​tchernobylforever:​problemes-04.jpg?​300 |}}
 +<WRAP centealign>//​Figure -1- Deux parcours d'une dizaine d'​années. Un environnement dangereux : deux comportements opposés.//</​WRAP>​\\
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 +<​tab>​A cette influence du milieu culturel et familial on doit ajouter deux grandes incertitudes.\\
 +<​tab>​La première est liée à l'​indépendance entre contamination des sols et contaminations corporelles. Ce fait a été établi en 2003 par une étude menée dans 100 villages du district (oblast) de Gomel.
 +\\ 
 +
 +La Figure -2- ci-après en présente les résultats :
 +\\ \\ \\ \\ 
 +{{popup>:​tchernobylforever:​problemes-05.jpg?​300 |}}
 +<WRAP centeralign>//​Figure -2- Indépendance entre contamination des sols et contaminations corporelles//</​WRAP>​\\
 +
 +<​tab>​La deuxième incertitude tient aux surprises que réserve une distribution très hétérogène de la contamination de l'​environnement.\\
 +<​tab>​Ainsi des concentrations de 275 000 Bq/kg et 268 000 Bq/kg ont été détectées dans des champignons,​ respectivement en 2011 près du village de Valavsk (district de Yelsk) et en 2012 dans le district de Khoïniki. En général les baies et champignons sont contaminés très au-delà des limites, mais aussi tout ce qui est gibier et poisson. L'​utilisation de la cendre comme fertilisant des potagers familiaux pose un problème récurrent car on y trouve, concentrée,​ la contamination du bois brûlé en hiver. La limite de 10 000 Bq/kg est très souvent dépassée. On a ainsi mesuré 63 000 Bq/kg dans un échantillon prélevé en 2011 dans le village de Vyshemir du district de Rechitsa.\\
 +<​tab>​Retenons l'​enseignement principal des données collectées par //BELRAD// depuis 20 ans : le travail d'​éducation dans le cadre scolaire, les conseils en matière de choix des aliments et de leur préparation à la cuisine, et l'​administration de Vitapect contribuent à réduire très significativement la charge radioactive des enfants. Mais la contamination globale de l'​environnement,​ la complexité des transferts vers l'​homme et des limites légales de dose bien trop élevées concourent à rendre souvent quasi impossible le maintien d'une contamination corporelle inférieure à 20 Bq/kg.\\
 +<​tab>​La méthode appliquée à l'​analyse de la contamination par le Cs<​sub>​137</​sub>​ s'​applique évidemment au Sr<​sub>​90</​sub>,​ à ceci près... que le temps caractéristique de ce dernier dans l'​organisme vaut 3 600 jours ! L'​accumulation étant lente, on va évaluer le problème posé au bout de 7 ans (la moitié de la durée de l'​enfance) par l'​ingestion quotidienne de 1 Bq de Sr<​sub>​90</​sub>​. On démontre très facilement que l'​organisme aura accumulé 1 800 Bq. Valeur non mesurable hors autopsie... car le Sr<​sub>​90</​sub>​ est un émetteur ß pur indétectable avec un compteur ordinaire de la radiation gamma. Ce radioélément se trouvera concentré dans les tissus osseux. Les risques sanitaires sont l'​ostéosarcome et la leucémie.\\
 +<​tab>//​BELRAD//​ dispose depuis l'an dernier d'une chaîne opérationnelle de mesure du Sr<​sub>​90</​sub>​ dans les aliments. Les résultats obtenus, mis en regard des limites officielles et du phénomène d'​accumulation prolongée chiffré ci-dessus, montrent que dans les régions du sud du Belarus[(Le district de Bragin, où Vassily Nesterenko mesura une radioactivité ambiante de 300 μSv/h lors de la reconnaissance qu'il effectua en voiture à partir de Minsk dans la nuit du 28 au 29 avril 1986, est celui où //BELRAD// a détecté un vrai problème de Sr<​sub>​90</​sub>​.)],​ où la contamination par ce radioélément très toxique est avérée, le strontium 90 représente un risque réel, difficile à caractériser.
 +
 +{{ :​tchernobylforever:​problemes-06.jpg?​580 |}}
 +
 +{{ :​tchernobylforever:​problemes-07.jpg?​590 |}}
 +
 +<​tab>​La carte ci-dessous montre le trajet effectué par Vassily Nesterenko depuis Minsk jusqu'​aux confins de l'​Ukraine dans la nuit du 28 au 29 avril 1986. On y repère les noms de quelques villages et districts mentionnés dans le texte ci-dessus. Le physicien se rendit immédiatement compte de l'​ampleur inouïe de la tragédie en cours.
 +
 +{{ :​tchernobylforever:​problemes-08.jpg |}}
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 +<​tab>​Il tenta d'​éviter qu'​elle se transformât en désastre en demandant une évacuation préventive immédiate de toutes les personnes habitant à moins de 100 km de la centrale. En vain.
 +
 +~~REFNOTES~~
 +
 +++++
 +
 +==== 2 - Situation Post-guerre atomique ====
 +;#;<fs medium>​Belarus,​ Nord de l'​Ukraine,​ Sud-Ouest de la Russie : une situation pire que post guerre atomique.</​fs>;#;​\\
 +<​tab>​Depuis 1945 les Etats atomiques ont accumulé des dizaines de milliers de bombes atomiques et thermonucléaires dont plusieurs milliers sont dans un état d'​alerte permanente à bord de missiles de toutes sortes.\\
 +<​tab>​Des systèmes complexes d'​observation et de décision ont été conçus pour surveiller les adversaires mais aussi pour éviter tout déclenchement accidentel d'un tir. On sait pourtant qu'à plusieurs reprises, notamment en 1983 et 1995, on est passé à deux doigts d'un échange massif, frappes « par erreur » et contre-frappes « justifiées ». A chaque fois le bon sens du responsable en avant-dernier ressort, celui qui valide auprès de l'​autorité politique la réalité des tirs de missiles adverses, a sauvé la monde de ce qu'on se représente comme la catastrophe des catatrophes. Ces quasi déclenchements de guerre atomique alimentent les cauchemars des responsables militaires et politiques. Qui peut garantir que le sang-froid est la vertu cardinale d'un président élu par la grâce de la démagogie et de l'​argent ?
 +++++Lire la suite|
 +<​tab>​Ironie de l'​Histoire,​ les situations radiologiques laissées par les retombées des catastrophes de Tchernobyl, et à un degré un peu moindre, non en valeur mais en étendue, de Fukushima sont bien pires que celles d'un affrontement dit “de théâtre” entre des divisions de chars et d'​avions de combat échangeant quelques centaines d'obus et de missiles atomiques. Ce que l'on redoutait des armes atomiques nous a été infligé en pire par des centrales de production d'​électricité,​ à rebours de la mission que l'//​Agence Internationale pour l'​Energie Atomique// prétend remplir depuis plus d'un demi-siècle :\\
 +//“to accelerate and enlarge the contribution of atomic energy to peace, health and prosperity throughout the world"​.//​
 +<​WRAP>​
 +{{:​tchernobylforever:​pga-01.jpg?​140 |}}<​tab>​Premier décompte. Sans considérer les horreurs auxquelles ont donné lieu de nombreux tests de bombes A et H, aucun accident n'est à déplorer qui aurait été provoqué par le tir à caractère militaire déclenché par erreur ou accidentellement de l'un des milliers de missiles opérationnels sur cette planète. Dans le même temps, cinq réacteurs atomiques sur un peu plus de quatre cents ont été détruits et ont relâché dans l'​environnement des quantités importantes de radioéléments artificiels. Le constat est accablant : pour l'​heure l'​atome civil se révèle plus dangereux, faillible et délétère que son repoussoir militaire !\\ \\
 +<​tab><​- //30 ms après l'​explosion de la bombe (tir “How ", 05/06/52, Polygone du Nevada)//
 +</​WRAP>​
 +<WRAP clear></​WRAP>​
 +<​tab>​Deuxième début de décompte à propos de prosperity. Quatre cents milliards de dollars, voilà le montant officiel des dépenses occasionnées par l'​accident de Tchernobyl pour le Belarus et l'​Ukraine,​ des pays où le salaire mensuel moyen se situe autour de 400 $ ! Quatre cents milliards de dollars, c'est bien plus que la moitié de la capitalisation que représente l'​ensemble des centrales atomiques dans le monde ! //​Prosperity... or poverty// ?\\
 +<​tab>​Quantifions maintenant ce qui pourrait être perçu comme un mauvais et malhonnête exercice de rhétorique radiologique.\\
 +<​tab>​Pour commencer comparons les retombées à vie longue des principaux radioéléments,​ des isotopes radioactifs du césium et strontium, dispersés par les explosions atomiques ou les accidents de réacteur. Cependant, pour ne pas prêter le flanc au reproche d'une certaine incompétence il nous faut faire deux remarques préliminaires :
 +  * la distribution des produits de fission résultant d'une explosion atomique (neutrons rapides) est un peu différente de celle correspondant aux réactions de fission par neutrons thermiques dans les réacteurs atomiques ;
 +  * les produits à vie très courte occupent une proportion très importante après une explosion atomique alors qu'ils ne peuvent s'​accumuler dans un réacteur atomique en raison même de la brièveté de leur présence[(Les ordres de grandeurs (http://​fr.wikipedia.org/​wiki/​Fission_nucléaire#​D.C3.A9composition_de_l.27.C3.A9nergie_de_fission) : l'​énergie totale que les produits de fission vont fournir au fur et à mesure de leurs désintégrations repré­sente 6,5% de l'​énergie dé­gagée par l'​explosion. La puissance résiduelle d'un réacteur atomique juste après son arrêt est com­prise entre 3 et 5% de sa puissance thermique (celle des réactions de fission, cf. http://​lpsc.in2p3.fr/​collot/​cours/​Reacteurs.pdf). La différence,​ de l'​ordre de 2,5% de la puissance de la bombe, correspond à l'​éner­gie qui sera libérée à court et très court termes par ces produits de fissions à demie-vie courte ou très courte qui ne peuvent s'​accu­muler dans un réacteur atomique. Leur potentiel de dommages sanitaires est extrêmement élevé durant quelques semaines après l'​explosion.)]. Ces produits à demie-vie courte et très courte (notamments I<​sub>​131</​sub>,​ I<​sub>​132</​sub>,​ Te<​sub>​132</​sub>​ etc) ont été les principaux polluants radiotoxiques présents dans les tristement fameuses « pluies noires » de Nagasaki, associés à un coktail de produits d'​activation des structures de la bombe et de transuraniens. L'​organisme des personnes contaminées a donc « intégré » en un temps très court une quantité d'​énergie de désintégration considérable. Beaucoup sont morts rapidement, souffrant du syndrome d'​irradiation aigüe ; les autres ont survécu et enduré toute leur vie une kyrielle de maux dont la médecine ordinaire était bien en peine de comprendre la cause[(Cf. le film “Blessures atomiques”,​ de Marc Petitjean : http://​enfants-tchernobyl-belarus.org/​doku.php?​id=films-interviews-debats#​blessures_atomiques)].
 +<​tab>​En revanche, les dépôts restant après quelques mois contiennent essentiellement du césium et du strontium. Lorsqu'​il s'agit d'​explosion atomique, ils se trouvent répartis en proportion à peu près égale. Ce n'est pas le cas avec les rejets des réacteurs car les composés du strontium sont beaucoup moins volatiles que ceux du césium. C'est ce dernier qui constitue alors la majeure part des retombées, surtout à grande distance.\\
 +<​tab>​Les retombées de l'​explosion atomique de Nagasaki ont fait l'​objet de plusieurs études, assez tardives.\\
 +<​tab>​L'​une d'​elles[(https://​www.jstage.jst.go.jp/​result?​item1=4&​word1=Fallout+in+Nishiyama+District%2C+Japan+-+WANMEC2 (Black rain from the Nagasaki artomic bomb) )] a établi la distribution du Cs<​sub>​137</​sub>​ dans une carotte de sédiment prélevée au milieu du lac réservoir de Nagasaki, le lac Nishiyama, qui a reçu très directement une partie des pluies noires, contamination initiale à laquelle se sont ajoutées au fil des ans celles apportées par les eaux de ruissellement des bassins versants. La sédimentation est très active, de l'​ordre de 5 à 7 cm/an. L'​activité biologique dans les sédiments provoque une diffusion verticale de la pollution.\\
 +<​tab>​L'​autre[(https://​www.jstage.jst.go.jp/​result?​item1=4&​word1=Fallout+in+Nishiyama+District%2C+Japan+-+WANMEC2 (Aging Effect of 137Cs Obtained from 137Cs in the Kanto Loam Layer))] exploite des carottes extraites du sol meuble (terreau) ayant reçu les pluies noires.\\
 +<​tab>​Les résultats bruts de ces deux études ne s'​accordent apparemment pas. De la première on tire, après conversion[(Une seule hypothèse est requise, à savoir la densité des sédiments secs, pour laquelle on a retenu la valeur 2.)] des Bq/kg en Bq/​m<​sup>​2</​sup>,​ que la contamination par le Cs<​sub>​137</​sub>​ de la colonne de sédiment comprise entre 1941 et 1953 correspond à un dépôt de 57 kBq/​m<​sup>​2</​sup>​ alors que la seconde conclut à un dépôt initial de 15 kBq/​m<​sup>​2</​sup>​.\\
 +<​tab>​Les remarques ci-dessus, sur le ruissellement et la sédimentation,​ conduisent à suggérer une valeur intermédiaire pour le dépôt initial, entre 25 et 35 kBq/​m<​sup>​2</​sup>​. L'​essentiel est là : du fait que la plupart des débris d'une explosion atomique sont emportés à haute altitude dans le champignon, les retombées locales sont relativement faibles en regard de celles provoquées par un accident de réacteur. Les explosions atomiques ont tendance à faire partager assez démocratiquement les méfaits des retombées : chacun en recevra un peu, plus ou moins, mais un peu, exceptés, si les conditions météorologiques sont réunies, ceux qui subiront les pluies noires autour du “point zéro”, l'​hypocentre.\\
 +<​tab>​Passons aux ordres de grandeur, résumés par la Figure -1- ci-dessous.
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 +{{ :​tchernobylforever:​pga-02.jpg |}}
 +;#;//Fig -1- Tests et accidents atomiques, ordre de grandeur des retombées de Cs<​sub>​137</​sub>​ et Sr<​sub>​90</​sub>//;#;​\\
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 +<​tab>​Trois repères essentiels : l'​“étalon” Hiroshima 1945 et ses 100 000 milliards de Bq de Cs<​sub>​137</​sub>​ et Sr<​sub>​90</​sub>​ ; l'​ensemble des rejets des essais atomiques atmosphériques,​ un peu plus de 10 000 fois Hiroshima, dont la concentration moyenne résiduelle des retombées sur l'​ensemble de la surface du globe de chacun des deux radioéléments vaut aujourd'​hui environ 2 500 Bq/​m<​sup>​2</​sup>​. Dans l'​inventaire d'un cœur de réacteur atomique standard de 1 000 MW on va trouver plus de 1 000 fois plus de césium et de strontium que n'en a produit l'​explosion d'​Hiroshima.\\
 +<​tab>​A l'aune de ces repères on peut attribuer à Tchernobyl des retombées entre 500 et 800 fois celles d'​Hiroshima pour le césium et plutôt moindre, d'un facteur 15 à 20, pour le strontium. On voit qu'on n'est pas loin du pire possible.\\
 +<​tab>​La carte des retombées de Tchernobyl, Figure -2-, (tout comme son homologue de Fukushima) illustre ce que nous avons affirmé d'​emblée : les populations touchées sont dans une situation bien pire que celle que laisserait une bataille qui aurait vu des centaines de chars dispersés sur un vaste territoire s'​affronter à coup d'obus atomiques et subir des tirs de missiles air-sol atomiques largués par des chasseurs-bombardiers.
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 +{{ :​tchernobylforever:​pga-03.jpg |}}
 +;#;//Figure -2- Retombées de Tchernobyl sur l'​Europe avec zoom sur la région la plus touchée.//;#;​\\
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 +<​tab>​Tous les territoires en orange, soit 1 à 2 millions de km<​sup>​2</​sup>,​ ont reçu autant de Cs137/​m<​sup>​2</​sup>​ que déposé par les “pluies noires” sur les quelques dizaines de km<​sup>​2</​sup>​ autour du lac Nishiyama ! Environ 500 000 km<​sup>​2</​sup>​ sont contaminés au delà, jusqu'​à plus de 30 fois plus.\\
 +<​tab>​La “//​vérité est cruelle//​” disait un Premier ministre pour commenter le coulage du //​Rainbow-Warrior//​ par les services français dans le port d'​Aukland le 5 juillet 1985. Aucun homme politique français n'a repris ce cri du cœur à l'​évocation du sort des millions de personnes contraintes de cohabiter avec l'​ennemi pernicieux et invincible qui a investi leur environnement naturel dans les “//jours d'​après//​” le 26 avril 1986.
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 +~~REFNOTES~~
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 +==== 3 - Santé des enfants ====
 +;#;<fs medium>​La situation sanitaire ne cesse de se dégrader, surtout celle des enfants.</​fs>;#;​\\
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 +<​tab>​En février 1989 le journaliste Vladimir Kolinko publia dans le journal //​Sovietskaya Bielorossiya//,​ repris par Les //Nouvelles de Moscou//, le journal de la //​Perestroïka//​ et de la //​Glasnost//,​ un long article sur la situation dans le nord de l'​Ukraine autour de la ville de Naroditchi. Voilà ce qu'il écrivait dans le préambule :\\
 +<​tab>//"​Fin avril 1986, les «états-majors» des commissions qui venaient d'​être déployées fourmillaient de monde. (...) On voyait encore un halo rouge et de la fumée au-dessus du réacteur détruit (...), mais les spécialistes menaient déjà des discussions interminables et tentaient d'​évaluer la situation. Dans ce remue-ménage j'ai entendu bien des choses qui n'​étaient pas destinées à mes oreilles de journaliste. Ensuite l'​information fut de plus en plus minutieusement passée au crible. J'ai pourtant retenu beaucoup de choses dont certaines ne me sont devenues claires que ces derniers temps. Par exemple l'​exactitude de certaines évaluations faites au début."//​
 +++++Lire la suite|
 +<​tab>​Plus loin dans l'​article il rappelle avec une certaine malice :\\
 +<​tab>//​“Léonid Iliyne[(Pr. Leonid Iliyn responsable de la radioprotection de l'URSS (l'​équivalent du Pr Pierre Pellerin) est aussi un membre de la CIPR.)] a plusieurs fois déclaré après l'​accident que les doses relativement petites d'​irradiation sont absolument anodines. Mais avant l'​accident on a vu paraître sous sa rédaction un ouvrage où l'on peut lire : «Même les doses relativement petites d'​irradiation perturbent le fonctionnement des réflexes conditionnés,​ modifient l'​activité bioélectrique de l'​écorce cérébrale et provoquent des altérations biochimiques et métaboliques au niveau moléculaire et cellulaire».”//​\\
 +<​tab>​Voilà qui n'est pas sans évoquer le témoignage de Vassily Nesterenko sur les discussions auxquelles il a participé durant ces jours cruciaux (cf. http://​enfants-tchernobyl-belarus.org/​doku.php?​id=base_documentaire:​articles-2003:​etb-137 ).\\
 +<​tab>​On pourrait développer dans un livre entier la stratégie de déni dont V. Kolinko et V. Nesterenko ont été témoins des semailles. “//​Tchernobyl est un arbre qui pousse...//​” a déclaré un jour le conseiller à l'​écologie du Pt Eltsine, l'​académicien Alexey Yablokov. Il songeait en particulier à la dégradation continue de l'​état de santé de la population vivant dans les régions contaminées. C'est un arbre qui pousse par ses racines plongées dans la terre amendée par les retombées radioactives Tchernobyl ; mais il pousse aussi parce qu'au fur et à mesure de sa croissance le déni se durcit de concert, comme un engrais pernicieux qui doperait le végétal. Dénier conduit à ne rien faire, à ne pas soigner, à ne pas mesurer, à ne pas évacuer, à ne pas dépenser d'​argent,​ à ne pas chercher les causes de la prolifération des maux observés et à justifier la politique de toutes ces omissions par encore plus de déni. Ce n'est pas un engrais, mais un coktail d'​engrais administré à doses toujours plus fortes à l'​arbre maudit des séquelles de Tchernobyl. Spirale vicieuse infernale : le déni du risque engendre celui des séquelles, puis s'en justifie pour légitimer le second, et ainsi de suite.\\
 +<​tab>​Officiellement le bilan sanitaire de la catastrophe se réduit à une cinquantaine de morts par le mal aigu des rayons chez les liquidateurs et quelques milliers de cancers de la thyroïde “//​facilement curables//​” parmi la population ayant été touchée par l'iode radioactif. Le reste serait indiscernable au sens où il n'est pas scientifiquement possible de relier telle maladie, telle invalidité,​ telle malformation à un effet de la radioactivité de Tchernobyl. Les différences spectaculaires entre l'​avant et l'​après Tchernobyl, mises en évidence par les études épidémiologiques,​ ne posent apparemment aucune question aux instances officielles de la radioprotection et de la science des effets des radiations[(Il s'agit de l'//​UNSCEAR,​ United Nations Scientific Committee on the Effects of Atomic Radiations//,​ mis en place en 1955, et la //CIPR, Commission International de Protection Radiologique//,​ une association «caritative» de droit britannique fondée en 1950 par regroupement de diverses associations préexistantes. Les recommandations de la //CIPR// s'​appuient sur les rapport de //​l'​UNSCEAR//​ et servent de références incontestées pour l'//​OMS//,​ l'//​AIEA//,​ //EURATOM// et toutes les législations nationales.)]. Tchernobyl n'​occupe,​ par exemple, qu'une place indiscernable (par la citation d'une référence en tout et pour tout) dans la publication générale //​Recommandations N° 103// de 2007 de la //CIPR//, l'​autorité mondiale en matière de radioprotection... L'​épidémiologie serait donc inappropriée pour évaluer les effets de la pollution radioactive sur une vaste population. Qu'on s'en persuade !\\
 +<​tab>​Avant d'​évoquer le sort que la radioactivité fait aux enfants, nous devons rendre compte du destin des liquidateurs,​ marqués dans leur chair[(http://​enfants-tchernobyl-belarus.org/​doku.php?​id=films-interviews-debats#​le_sacrifice)] et atteints dans leur descendance. Ils ont été entre 800 000 et un million. Les conditions n'ont cessé d'​évoluer. Elles imposaient des interventions uniques courtes durant les premières semaines quand la radioactivité ambiante était à son sommet. Puis les séjours se sont prolongés en proportion de la baisse progressive du risque ; et enfin le contexte s'est rapproché de celui auquel les employés habilités au travail sous radiations dans l'​industrie atomique sont astreints.\\
 +<​tab>​Voici la séquence des décisions visant à instaurer un secret aussi strict que possible :
 +  * d'​abord l'​interdiction faite aux militaires ayant effectué les tâches les plus dangereuses durant le mois de mai 1986 d'en parler à quiconque, même à leur famille;
 +  * sans doute dans le but d'​améliorer les statistiques sur les conséquences de l'​accident,​ seuls les séjours à Tchernobyl ayant eu lieu après le 13 juin 1986 ont été mentionnés sur les livrets militaires ;
 +  * l'​instauration d'une //​Commission de Liquidation//​ ayant le monopole sur toutes les informations concernant les séquelles de l'​accident ;
 +  * comme si cela de suffisait pas, le 27 juin 1987 le ministère de la Santé de l'URSS adresse aux médecins civils une consigne imposant //"le secret sur les traitements entrepris et les résultats dosimétriques au moment de la liquidation de la tragédie"//​ ;
 +  * puis le 8 juillet 1987 c'est au tour de la //​Commission médicale militaire// d'​interdire aux médecins militaires //"de mentionner l'​affectation aux travaux de liquidation des conséquences de l'​accident et la dose totale d'​irradiation si celle-ci n'​atteint pas le stade de la maladie des rayons"//​ (plus de 200 rads, équivalent à 2 Sv).
 +
 +<​tab>​Ainsi les dés ont ainsi été pipés d'​entrée de jeu. On sait par ailleurs que les conditions de mesure et d'​enregistrement des doses de radioactivité reçues sont dans de telles circonstances très sujettes à caution, comme plusieurs liquidateurs de Fukushima, pourtant tenus au secret par contrat, l'ont raconté. Toutes ces interdictions et accommodements avec la radioprotection des intervenants se conjoignent pour rendre quasi impossible l'​établissement de relations solides de dose à effet.\\
 +<​tab>​Des études partielles apparemment fouillées ont été publiées, dont les conclusions peu convaincantes appelleraient des explications trop longues dans le présent contexte. Apprécions le sinistre bilan global très précis présenté en 2006, vingt ans après, par la représentante du Ministère de la santé ukrainien, le Dr Angelina Nyagu, lors de la conférence de Münich [(http://​www.physiciansofchernobyl.org.ua/​eng/​Docs/​33_Nyagu_.ppt)] (elle a actualisé ce bilan à l'a présenté à Berlin en 2011, au nom de l'​association ukrainienne //Médecins de Tchernobyl//​[(http://​www.chernobylcongress.org/​fileadmin/​user_upload/​pdfs/​nyagu.pdf)] ). Retenons du premier, celui de 2006, les données permettant de constituer ce tableau terrible :\\
 +{{ :​tchernobylforever:​sde-01.jpg |}}\\
 +
 +<​tab>​Le taux d'​invalides parmi les survivants ne cesse de croître, triplant en 10 ans. On imagine que les invalides sont parmi les premiers à décéder et que de ceux comptabilisés en 1997 ils ne sont pas nombreux encore en vie en 2006. Car on meurt jeune quand on a été liquidateurs. L'​ouvrage de référence “//​Chernobyl:​ Consequences of the Catastrophe for People and the Environment//​” en donne une idée hélas très explicite pour trois groupes bien identifiés et homogènes :\\
 +{{ :​tchernobylforever:​sde-02.jpg |}}\\
 +
 +<​tab>​De ces chiffres, pas un mot dans les rapports officiels. On ne peut donc en rien les relier au passage par Tchernobyl de ceux qu'ils concernent... Cependant les dernières données ukrainiennes signalent que seulement 5% des liquidateurs survivants sont en bonne santé, ce qui n'​implique pas qu'ils le resteront. La guerre de Tchernobyl a mobilisé l'​équivalent de plusieurs armées. Le miracle, selon les instances de radioprotection,​ tient en ce que cette guerre aurait été, on peut le dire si on les suit, le prototype d'une guerre atomique « zéro mort » .\\
 +<​tab>​Les liquidateurs étaient pour la plupart des hommes jeunes, voire très jeunes (des appelés du contingent). Les survivants qui ne se sentaient pas malades ont voulu avoir des enfants. Les statistiques démographiques de la //Banque Mondiale// révèlent des anomalies troublantes dans les courbes de la mortalité périnatale dans les pays peu touchés par les retombées de l'​accident mais ayant envoyé un nombre important de liquidateurs en regard de leur population, la Lettonie et la Lituanie. Des pays plus touchés par les retombées, comme la Suède, la Finlande et la Norvège, n'ont pas été affectés aussi visiblement. La mort des enfants en prime[(http://​enfants-tchernobyl-belarus.org/​doku.php?​id=base_documentaire:​articles-2013:​etb-131 également visible sur Mediapart)] ? La question reste posée. L'​état de santé des enfants des liquidateurs plaide en faveur d'une réponse affirmative : il est encore pire que celui des enfants des régions contaminées ; leur taux de malformations est également très élevé, certaines années jusqu'​à cinq à six fois plus que dans la population générale... où il a doublé entre 1986 et 2006. Tout cela reste sans relation avec Tchernobyl, selon les rapports internationaux officiels, bien entendu !\\
 +<​tab>​On a vu au chapitre 1 que la contamination par le Cs<​sub>​137</​sub>​ constitue la principale cause de l'​irradiation des enfants du Belarus. Le même constat vaut pour le Nord de l'​Ukraine et le Sud-Ouest de la Russie où la distribution de la pollution radioactive est similaire.\\
 +<​tab>​Nous allons ci-dessous à l'aide de quelques données chiffrées donner une idée que d'​aucun trouvera froide et abstraite du drame sanitaire qui se jour depuis plus d'un quart de siècle dans ces régions. Au lecteur de se mettre en empathie avec chacune de ces centaines de milliers de familles dont la santé des enfants est une source permanente d'​angoisse,​ dont les résultats scolaires sont parfois très inférieurs à la moyenne, bref, dont l'​avenir semble irrémédiablement obéré. Songeons aussi à celles moins nombreuses qui ont à charge un enfant atteint d'une malformation ou d'une maladie invalidante. Le drame général est constitué de l'​ensemble de toutes ces tragédies particulières. La vue générale est celle d'un désastre inouï. Une catastrophe en cours.\\
 +<​tab>​Très globalement on introduit le sujet avec l'​évolution de la proportion des enfants considérés comme en bonne santé ou malade par la médecine pédiatrique générale. La Figure - 1 - s'​applique aussi bien au Nord de l'​Ukraine qu'à **toute** la Biélorussie,​ un pays bien plus touché par le nuage initial chargé d'iode radioactif que ne donne à le voir la carte de la contamination par le césium dont les concentrations ont été déterminées par les conditions météorologiques : là où il n'a pas plu, la densité des dépôts est restée modérée.\\
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 +{{ :​tchernobylforever:​sde-03.jpg |}}\\
 +<​tab>​Extrapolées jusqu'​à l'​année 1985 les courbes rejoignent les niveaux normaux relevés avant Tchernobyl par les statistiques de Ministère de la santé du Belarus : 80 à 85 % des enfants étaient alors en bonne santé. Le palier d'un an dans cette évolution désastreuse est postérieur à la révélation des séquelles sanitaires de l'​accident en 1989 et traduit la mise en place de mesures de protection tant par l'​administration que par des initiatives indépendantes. Cette politique de radioprotection s'est relâchée après la désintégration de l'URSS et la cause de Tchernobyl, qui avait été instrumentalisée par les mouvements politiques indépendantistes d'​Ukraine et de Biélorussie,​ s'est trouvée reléguée au second plan, la lutte pour le pouvoir primant sur tout.\\
 +<​tab>​Les informations plus spécifiques sont à placer dans ce contexte qu'​elles illustrent avec les quelques exemples ci-dessous[(Pour une information plus exhaustive de cette question, consulter la synthèse du Pr Michel Fernex à :\\
 +http://​enfants-tchernobyl-belarus.org/​doku.php?​id=base_documentaire:​articles-2012:​etb-091.)]\\
 +<​tab>​Concernant le cancer de la thyroïde, il a augmenté des facteurs 15 et 56, entre avant et après l'​accident,​ chez les enfants nés respectivement avant et après l'​accident. L'​exposition aux faibles doses //in utero fait// donc presque quadrupler le risque. La comparaison porte sur les deux périodes 1970-1990 et 1990-2005, sachant que le temps de latence est de l'​ordre de 4 ans. C'est la seule conséquence reconnue, tardivement,​ par la radioprotection internationale.\\
 +<​tab>​Le taux d'​aberration chromosomique de l'​enfant double quand l'​exposition //in utero// passe de 10 à 350 mSv. Celui des aberrations stables triple (Stepanova 2006).\\
 +<​tab>​La courbe du QI d'une population d'​enfants exposés est décalée de 10, ce qui représente une diminution importante des facultés intellectuelles. Cette réduction est plus marquée pour ce qu'on appelle le test de QI oral. Une étude suédoise confirme cet effet dans les régions de la Suède ayant reçu des retombées de Tchernobyl[(http://​enfants-tchernobyl-belarus.org/​extra/​pdf-divers/​telecharge.php?​pdf=etb-162_en.pdf et\\
 +http://​enfants-tchernobyl-belarus.org/​extra/​pdf-divers/​telecharge.php?​pdf=etb-162_fr.pdf)].
 +<​WRAP>​
 +<​tab>​Le tableau ci-dessous révèle que la dégradation de la santé touche aussi les groupes moins exposés :\\
 +{{:​tchernobylforever:​sde-04.jpg |}}\\ \\ \\ <​tab>​L'​évolution notée par la pédiatre E.E. durant cinq années est corroborée par les statistiques ukrainiennes et s'​inscrit sans la tendance générale montrée par la Figure - 1 -.\\
 +<​tab>​L'​accroissement de l'​incidence des thyroïdites auto-immunes de Hashimoto est à souligner. C'est une maladie d'une gravité comparable au cancer de cet organe.\\
 +<​tab>​Ces données ne peuvent être mises en relation avec des doses reçues ou des enregistrements de contaminations corporelles,​ point qui sera développé ci-après.
 +</​WRAP>​
 +<WRAP clear></​WRAP>​
 +<​tab>​En mai 2012, le Dr Galina Bandazhevskaya a fait un exposé[(Cf : http://​enfants-tchernobyl-belarus.org/​doku.php?​id=base_documentaire:​articles-2012:​etb-123.)] résumé par les diagrammes ci-dessous. Il a été présenté au Forum sur les faibles doses de radiation qui s'est tenu à Genève le 12 mai 2012[(http://​independentwho.org/​media/​Documents_Autres/​Actes_forum_IW_mai2012_French.pdf)]. Il s'agit de données épidémiologiques officielles récentes publiées par le Ministère de la santé du Belarus. Elles concernent l'​ensemble de la population pour certaines, des groupes plus désagrégés pour d'​autres.\\
 + ;#;<​color red >​(cliquez pour agrandir)</​color>;#;​
 +{{ :​tchernobylforever:​sde-05.jpg?​600 |}}
 +<​tab>​On retiendra que le Belarus a le plus fort taux de cancers de toutes les républiques de l'​ex-URSS,​ les différences notables des affections primaires en fonction de la contamination des régions correspondantes,​ l'​accroissement des anomalies congénitales et des maladies cardio-vasculaires....\\
 +<​tab>​D'​aucun s'​étonnera que les rapports officiels, dont la fameuse compilation rédigée par le //Chernobyl Forum// entre 2002 et 2005 et publiée avec la signature de toutes les agences de l'ONU et les trois Etats les plus touchés, Belarus, Russie et Ukraine, ne retiennent aucune relation entre Tchernobyl et l'​ensemble des observations de terrain dont quelques extraits ont été apportés ci-dessus... exceptée, et avec quelle emphase, la question des cancers de la thyroïde.\\
 +<​tab>​Mais sans données dosimétriques précises, il n'est effectivement pas possible d'​établir des corrélations chiffrées. Ainsi, cas du Belarus, l'​organisme indépendant qui effectue systématiquement des mesures de contamination corporelle depuis vingt ans, //BELRAD//, a interdiction de recenser des données médicales... et les hôpitaux ne mesurent pas la radioactivité des enfants malades. S'il n'est pas intentionnel,​ ce désastre scientifique de long terme est utile. Il permet de soutenir sans ciller que Tchernobyl n'a eu aucun effet mesurable sur la santé publique, sinon un accroissement spectaculaire des cancers de la thyroïde. Mais sur ce point aussi un certain brouillard ne saurait nuire : dans ses //​Recommandations N° 103// de 2007, la seule référence à Tchernobyl retenue par la //CIPR// est un article consacré aux incertitudes affectant la dosimétrie des personnes atteintes par ce type de cancer. Si Tchernobyl n'est pas disculpé, le doute qu'il ait une une grande responsabilité est clairement suggéré !
 +
 +~~REFNOTES~~
 +
 +++++
 +
 +==== 4 - Histoire de BELRAD ====
 +<WRAP centeralign><​fs medium>​Histoire de //BELRAD// : sa gestation ; son rôle irremplaçable.</​fs></​WRAP>​\\
 +
 +<boi frame-light 210px left>
 +{{popup>:​base_documentaire:​v-nesterenko.jpg?​200}}\\ <​html><​center><​p style="​font-size:​80%;">​Vassili Nesterenko</​p></​center></​html>​
 +</​boi>​\\
 +<​tab>​L'​existence de l'​Institut de radioprotection //BELRAD// s'​inscrit dans l'​Histoire de Tchernobyl comme un fait totalement improbable.\\
 +<​tab>​Comment imaginer que l'​éminent responsable d'un programme atomique militaire stratégique commencerait par mettre sa santé en danger parmi les liquidateurs au contact du réacteur dans les premiers jours suivant l'​accident,​ contesterait la gestion de la crise par les autorités nationales, ne se résignerait pas devant leurs refus de suivre ses avis ? Qu'il contesterait la gestion de la crise par les autorités nationales et ne se rési­gnerait pas devant leurs refus de suivre ses avis ? Qu'il demanderait à ses collabora­teurs d'​abandonner les tra­vaux en cours pour relever aussi rapidement que possible la carte des re­tombées sur la Biélorussie,​ puis obtiendrait que des moyens fussent mis à sa disposition pour produire en sé­rie des instru­ments de mesure de la radio­activité performants ?​ Et, que in fine, malgré les pressions exercées sur lui pour qu'il aban­donnât ce projet, il se consacrerait exclusi­vement à la radioprotecton de la population ?​ On n'a rien noté de tel au Ja­pon après Fuku­shima… et imaginons ce que l'on observerait en France après qu'un tel drame aura frappé le pays !
 +
 +++++Lire la suite|
 +<​tab>​Tel a été dans ses grandes lignes le parcours du physicien Vassily Nesterenko après l'​accident de Tchernobyl. Rappelons que l'on trouve son récit sobre et sans pathos de cette période de sa vie, écrit en 2003, à :\\ http://​enfants-tchernobyl-belarus.org/​doku.php?​id=base_documentaire:​articles-2003:​etb-137. A lire en premier lieu.\\
 +<​tab>​Il est vrai que dans l'URSS engagée par Mikhaïl Gorbatchov dans le processus de //​Glasnost//​ et de //​Perestroïka//​ tout devenait possible. Les cadres hiérarchiques se disloquaient,​ l'​esprit d'​initiative réprimé depuis trois générations trouvait des conditions propices à son éveil, et, point capital, la société restait encore imbue du primat de l'​intérêt collectif. Ces conditions très particulières ne sont pas étrangères à la réaction spontanée de tout ce que l'​Union comptait de scientifiques. Si l'​armée fut massivement mobilisée pour la bataille de Tchernobyl, on trouva à ses côtés, dans les heures critiques, les responsables de la sûreté atomique, comme l'​académicien Valery Legassov et ses adjoints, des physiciens nucléaires de haut niveau tel Evgueny Velikhov, conseiller scientifique de Gorbatchov etc...\\
 +<​tab>​Ces gens ne se défilaient pas. La Patrie, la Sainte Russie, courait un grand danger.\\
 +<​tab>​Par ailleurs, des scientifiques non liés avec l'​industrie atomique et la physique nucléaire s'​engagèrent délibérément au plus près du danger, tel l'​académicien ukrainien, Vladimir Tchernooussenko,​ mathématicien de son état, qui coordonna le travail d'un groupe de 1 500 hommes employés à la construction du sarcophage et, comme la plupart des liquidateurs,​ y perdit sa belle santé. Passée cette période de crise aigüe, le plus notable est l'​implication totale sur le terrain des conséquences de l'​accident de très nombreux académiciens,​ professeurs et directeurs d'​institut ou de laboratoire. Citons en ici quelques uns :
 +  - Dmitro Grodzinsky[(Il a rédigé la préface du livre de Alexey Yablokov, Vassily Nesterenko et Alexey Nesterenko cité en note 6 du chapitre 3.)], qui étudia les transferts réels des contaminants de l'​environnement vers l'​Homme et mit ainsi à mal le modèle utilisé par la //CIPR//.
 +  - Evgueny Konoplya, académicien radiobiologiste biélorusse récemment décédé, qui caractérisa les contaminations corporelles.
 +  - tant d'​autres qui ont publié des milliers d'​études scientifiques et médicales absentes en quasi totalité des références retenues par l'//​UNSCEAR//​.
 +  - Dirigées par eux, des équipes de chercheurs se sont réparties depuis le cœur de la zone interdite jusqu'​aux régions peu contaminées. ​
 +<​tab>​On retiendra aussi la figure éminente du Pr Roza Goncharova, directrice du //​Laboratoire de Sûreté Géné­tique de l'​Institut de Génétique et de Cytologie de l'​Académie des Sciences de Biélorussie//​ à Minsk. Dès 1986, elle obtint les crédits pour lancer une longue recherche sur l'​effet du Cs<​sub>​137</​sub>​ sur l'​instabilité génomique, un travail pionnier mené durant 11 ans sur 22 générations de campagnols roussâtres. L'​enseignement qu'​elle en a tiré est très inquié­tant :​ bien que la radioactivité baisse, l'​instabilité génomique augmente de génération en génération. Les crédits pour poursuivre dans cette voie lui ont été coupés en 1998.\\
 +<​tab>​Dans ce contexte exceptionnel,​ il n'y eut pourtant qu'un Vassily Nesterenko. Quitter l'​institution,​ affronter l'​incompréhension puis l'​hostilité d'une partie de l'​establishment,​ consacrer son énergie, son intelligence et ses multiples compétences à la protection des plus vulnérables,​ les enfants, parce que c'​était (et reste) prioritaire,​ prendre tous les risques, il a été le seul technocrate de haut niveau à faire le saut. Le seul.\\
 +<​tab>​Le témoignage de Wladimir Tchertkoff[(Constitué notamment d'​extraits de son livre Le Crime de Tchernobyl;​\\ http://​enfants-tchernobyl-belarus.org/​doku.php?​id=bibliographie#​le_crime_de_tchernobyl_le_goulag_nucleaire)],​ à trouver dans //​Tchernobyl forever//, éclaire l'​extrordinaire aventure hu­maine dans laquelle se lança ainsi sans filet de sécurité Vassily Nesterenko après Tchernobyl.\\
 +<​tab>​Qu'​a fait //​BELRAD//​ ?​ En quoi //BELRAD// est-il irremplaçable mais aussi indispensable ?​\\
 +<​tab>​Depuis le témoignage écrit en 2003 mentionné ci-dessus, l'//​Institut BELRAD// a poursuivi ses activités, tou­jours à la limite de ses moyens et des contraintes imposées par les autorités du pays.\\
 +<​tab>​Les données factuelles ci-dessous résument, en guise de rappel, les récits de 2003 et 2005 (version aug­mentée en anglais[(http://​enfants-tchernobyl-belarus.org/​doku.php?​id=base_documentaire:​articles-2003:​etb-137)] du précédent) de l'​activité de Vassily Nesterenko et les événements ayant conduit de fil en ai­guille à la création de //​BELRAD//​.\\
 +<​tab>​Du 28 avril à septembre 1986 : reconnaissance de la situation radiologique,​ survol du réacteur en feu[(Lors de ses survols du réacteur en feu, le niveau de radiation à l'​intérieur de l'​hélicoptère oscillait entre 3 et 4 Sv/h (1h30 → mort))] pour évaluer le risque radiologique couru par les liquidateurs,​ interventions auprès des autorités soviétiques (Comité Central du Parti Communiste, Ministères de la Santé et de l'​Agriculture,​ et Service de l'​Hydrométéorologie — dirigé par Youry Israël également chef de la Commission de Liquidation de l'​accident) et du gouvernement du Belarus pour obtenir la distribution d'iode et une évacuation préventive générale jusqu'​à 100 km de Tchernobyl, établis­sement des cartes de la contamination du Belarus par les césium, strontium et plutonium. Le gouverne­ment bié­lorusse transmettra les cartes aux autorités soviétiques mentionnées ci-dessus. Aucune des mesures pré­ventives réclamées par V. Nesterenko avec l'​appui d'​autres scientifiques ne sera mise en œuvre, exceptés l'​éva­cuation complète début mai de la zone des 30 km, l'​éloignement de mai à septembre de plusieurs centaines de milliers d'​enfants de la région de Gomel et l'​évacuation complémentaire en septembre de 24 600 personnes sou­mises à plus 50 µSv/​h… soit 0,44 Sv/an.\\
 +<​tab>​La demande de l'​évacuation de 50 villages supplémentaires proches de Moguilyov[(D'​une liste partielle de 27 de ces 50 villages, 11 furent finalement enterrés au début des années 90 pour dissuader tout retour…)] au début 1987 fut reje­tée et conduisit au renvoi des instances du Parti, en mars 1987 de N. Borisevich, Président de l'​Académie des Sciences du Belarus, et en juillet 1987 de V. Nesterenko.\\
 +<​tab>​Durant cette période Nesterenko envoya l'​équivalent de 4 volumes de 250 pages chacun de notes, corres­pondances,​ rapports et demandes aux différentes autorités concernées. Mais tout ce qui touchait Tchernobyl et ses conséquences resta couvert par le secret jusqu'​au printemps 1989.\\
 +<​tab>​Le scandale de la situation du cheptel malade et la dégradation de la santé des enfants contraignirent en ef­fet début 1989 à la levée des secrets et à la publication des cartes de la pollution radioactive de l'URSS par la Pravda, mais aussi permirent la publication dans la revue //Rodnik// en 1990[(http://​enfants-tchernobyl-belarus.org/​doku.php?​id=base_documentaire:​articles-1990:​etb-164)] d'une partie des documents accumu­lés par Nesterenko. Ils montrent la responsabilité accablante de toutes les instances d'Etat impliquées dans la « gestion » de la crise de Tchernobyl. Leur diffusion a dû être ressentie comme un camouflet cuisant par bien des puissants en place.\\
 +<​tab>​Cette séquence établit que Vassily Nesterenko était devenu l'​homme crédible pour imposer un programme de radioprotection pour le Belarus. Déconsidérées par leur traitement irresponsable de la crise, les autorités po­litiques se trouvaient contraintes de lui fournir les autorisations pour les actions qu'il demandait d'​entreprendre et de lui en donner les moyens d'au moins un début de réalisation.\\
 +<​tab>​Cependant Nesterenko ne pouvait pas ne pas être conscient qu'en tant qu'​homme du recours arrivé par le discrédit public de ceux qui avaient récusé ses alarmes et refusé ses demandes, il s'​était placé au centre d'une cible que ces hommes, obligés de l'​assister en faisant bonne figure, allaient tôt ou tard mettre dans le collima­teur de leurs armes. Il croyait certainement n'​avoir pour adversaires que des fonctionnaires obtus et des politi­ciens déconsidérés,​ ce qui devait dans son esprit lui laisser le temps d'​asseoir solidement sa position. Il igno­rait que dès les premières heures après l'​annonce officielle de la catastrophe,​ le 28 avril 1986, les plus hauts respons­ables de la radioprotection mondiale avaient conseillé aux autorités de l'URSS de se contenter, plus par ac­quit de conscience que par nécessité,​ de recommander seulement de ne pas boire l'eau de pluie et de contrôler la ra­dioactivité des aliments. Ces gens-là aussi pouvaient se sentir concernés par la révélation du désastre que leurs bons conseils avaient déclenché. Ils n'​avaient aucun intérêt à ce que la stratégie de déni qu'ils étaient en train de pré­parer pour n'​être en aucune façon mis en cause se trouvât contournée par l'​accumulation de données indubi­tables que V. Nesterenko ne manquerait pas d'​amasser. L'​homme avait apporté la preuve de ses capacités, de son courage, de sa détermination et de son total désintéressement. Un homme extrêmement dangereux si on le lais­sait agir sans entraves.\\
 +<​tab>​Nesterenko ne se doutait certainement pas non plus qu'il exciterait la jalousie d'​opportunistes « bien inten­tionnés » qui se saisiraient incessamment de Tchernobyl pour sortir d'un relatif anonymat et se placer sous les feux de la rampe humanitaire. Ceux-là aussi ont implacablement résolu de le discréditer et de dénigrer son tra­vail, y compris //​post-mortem//​ quand il s'est agi pour eux de prendre pied au Japon après Fukushima, où l'​expertise de //BELRAD// s'est trouvée très sollicitée dès les premiers jours d'​après le 11 mars 2011.\\
 +<​tab>​Une chose dont Nesterenko était très conscient en revanche, dont il traite dans ses récits de 2003 et 2005 : la contrainte économique. Il sait que l'Etat Belarus n'a pas les moyens d'​assurer durablement une radio-protec­tion efficace sur l'​ensemble des territoires contaminés non évacués. Il suggère que le responsable du désastre, l'​URSS,​ prenne en charge une partie du fardeau. Et que la Communauté internationale apporte également son aide. Ce qu'​elle fera en suivant les avis des radio-protecteurs et de leurs supplétifs,​ comme le //CEPN//, une asso­ciation de quatre membres (//EDF//, //AREVA//, //CEA// et //IRSN//). Son siège se trouve dans l'​établissement du //CEA// à Fonte­nay-aux-Roses près de Paris et son Directeur, heureux « hasard » de la cooptation, a été Président du Comité N° IV de la //CIPR//, chargé de l'​application des recommandations de la Commission ! La doctrine de la //CIPR// est basée sur l'​optimisation. Il s'agit donc de faire en dépensant le moins possible dans l'​immédiat pour un bénéfice sanitaire futur inchiffrable mais sensé équivalent… Peu dépenser est la préoccupation de toujours de la Com­mission eu­ropéenne quand elle décide de faire un geste. Ce seront les projets //ETHOS//, puis //CORE//, de 1996 à 2003. Il s'agit de programmes psycho-culturels que l'on confiera pour l'​essentiel,​ sous la houlette du //CEPN//, à ces inévitables et pléthoriques bataillons de sociologues et psychologues universitaires toujours à l'​affût du moindre contrat. Ils seront envoyés là où l'on a décidé d'​évincer //​BELRAD//​.\\
 +<​tab>​Revenons au tournant de la levée des secrets. Effectivement les choses se débloquèrent. Des évacuations supplémentaires furent programmées (140 000 personnes entre 1990 et 1993), des opérations de décontamina­tion mobilisèrent 200 000 liquidateurs supplémentaires.\\
 +<​tab>​Trois cents radiamètres pour les aliments furent produits à Minsk et 4 000 d'un autre modèle furent fournis par la Russie.\\
 +<​tab>​Sur ces entrefaites,​ dès le printemps 1989, A. Sakharov, A. Karpov et A. Adamovich suggérèrent à V. Nes­terenko de créer un institut de radio-protection indépendant du gouvernement. Le projet de //BELRAD// était conçu. Il rencontra l'​assentiment du chef du gouvernement de la République de Biélorussie,​ V. Kebich. Il prit d'​abord la forme d'un //Centre scientifique et pratique de radioprotection//,​ dénommé “//​Radiometer//​”,​ qui visait à produire des radiamètres de bonne qualité, ​ à as­surer l'​information et l'​éducation du public à la radioprotection,​ et la mise en place d'un système non-gouverne­mental de mesure de la radioactivité des aliments dans les ré­gions du Belarus touchées par Tchernobyl. L'​as­sentiment du Soviet Suprême fut également sollicité. Ultérieure­ment,​ vers la fin 1990, //​Radiometer//​ fut réorgani­sé en une entreprise de droit privé à qui V. Nesterenko donna le nom d'//​Institut de Protection contre les Radia­tions BELRAD//.\\
 +<​tab>//​BELRAD//​ développa un compteur appelé //Sosna// (//pin// en français[(Le ​ centre atomique où Nesterenko dirigeait le projet de centrale nucléaire mobile PAMIR se trouve sur le territoire de la commune de Sosny, près de Minsk. Sosny est le pluriel de sosna et signifie donc « Les Pins » (il n'y a pas d'​article en russe).)]), dont plus 300 000 exemplaires furent produits dans trois usines. Il mit au point et construisit plus de 1 000 exemplaires du radiamètre très sensible //RUG-92// pour les besoins du Ministère de l'​agriculture du Belarus et pour l'​Union des coopératives biélorusses.\\
 +<​tab>​Dès 1989 le //​Comtchernobyl//​ (Comité Tchernobyl, entité gouvernementale) confia à //​Radiometer//​ la création et la gestion d'un réseau de //Centres Locaux de Contrôle de la Radioactivité//​ (//CLCR//). Entre 1990 et 1992, //​BEL­RAD//​ créa et implanta 370 //CLCR//. Les quarante premiers furent financés par la fondation d'A. Karpov. A cette époque le //​Comtchernobyl//​ finança la production des instruments et la diffusion de l'​information fournie par les //CLCR//. A cette époque…\\
 +<​tab>​Entre 1990 et 1996, Nesterenko affina la méthode de //​BELRAD//​.\\
 +<​tab>​Malgré l'​éducation des familles, les informations aux agriculteurs sur les bonnes pratiques et la mesure de la radioactivité d'un maximum d'​aliments,​ il s'​avéra très vite que les contaminations corporelles pouvaient rester très élevées. En contact étroit avec l'//​Institut médical de Gomel//, dirigé par Youry Bandazhevsky,​ Nesterenko se rendit compte que ces contaminations dépassaient souvent de beaucoup la limite de l'​ordre de 50 Bq/kg, valeur au-dessus de laquelle Bandazhevsky notait une dégradation fréquente de la santé des enfants, du fait que le choc initial dû à l'​I<​sub>​131</​sub>​ du nuage les avait rendus radio-sensibles.\\
 +{{:​tchernobylforever:​hb-02.jpg?​300 |}}<​tab>​Il créa des laboratoires mobiles équipés de fauteuils anthropogammamétriques et mit sur pied un pro­gramme intensif de mesures de la ra­dioactivité corporelle, surtout celle des en­fants, dans un cadre scolaire essentiellement. En paral­lèle,​ il approfondit la question de l'​accélération de l'​élimination des radioéléments in­corporés et de la protection de l'​organisme contre les radi­caux libres générés par les rayonnements ionisants.\\
 +<​tab>​Ses évaluations l'​amenèrent en 1997 à commencer par distribuer le complément alimentaire ukrainien //​Yablopekt//​ qui venait d'​obtenir son homologation ​  ​par ​  ​le ​  ​Ministère ​ de  la  santé du Belarus[(Il acquit 7 fauteuils ad-hoc de fabrication ukrainienne. Toujours en service aujourd'​hui,​ ils s'​avèrent plus précis et fiables que la plupart des équipements disponibles sur le marché. Leur calibration est vérifiée chaque année au moyen d'un mannequin radioactif.)],​ [(Les lignes qui suivent résument le très riche Bulletin N° 28 de //BELRAD// (2005), qui se trouve à l'URL  :\\ http://​enfants-tchernobyl-belarus.org/​doku.php?​id=base_documentaire:​articles-2005:​etb-115 )]. L'​année suivante il obtient l'​autorisation du Pt Lukashenko de lancer au Belarus la production d'une préparation similaire. Le laboratoire biélorusse pressenti restant inactif, Nesterenko développa avec l'aide d'un laboratoire allemand l'​additif connu maintenant sous le nom de //​Vitapect//,​ distribué mondialement. C'est l'​année[(En décembre 1999 Y. Bandazhevxky fut condamné à 8 ans de prison pour corruption. Les acteurs gênants se voyaient réduits à l'​impuissance les uns après les autres.)] où commencèrent de nombreuses manœuvres tortueuses pour dégommer //BELRAD//, en partie orchestrées par un médecin radiothérapeute allemand qui aurait à l'​évidence aimé avoir une sorte d'​exclusivité au Belarus et trouvait que la place prise dans le paysage par l'​Institut lui faisait ombrage, Edmund Lengfelder[(Profitant de Tchernobyl pour se faire connaître, il créa le //Otto Hug Institut// (qui fut membre de la //CIPR//), et proposa ses services pour traiter les cancers de la thyroïde. Très influent il est financé par plusieurs dizaines d'​entreprises et d'​institutions politiques et associatives. Pour rester dans les bonnes grâces des dirigeants de ces pays, il approuva publiquement la guerre menée par Poutine en Géorgie et, tout aussi publiquement en donnant à croire qu'il était agréé par le comité de surveillance envoyé par l'​Europe,​ certi­fia « sincères » les élections présidentielles biélorusses de décembre 2010, condamnant sans réserve les manifesta­tions des oppo­sants. Il a joué un rôle actif et rétribué dans les programmes européens //ETHOS// et //CORE// visant à évincer //​BELRAD//​.)]. Les critiques publiques de Nesterenko contre les limites légales de contamination,​ qu'il considérait trop élevées, à juste titre comme chiffré au chapitre 1 ci-dessus, agacèrent certainement toutes les autorités, y compris le Président. C'en était trop !\\
 +<​tab>​Les brimades et menaces s'​ajoutèrent à une réduction drastique des crédits. En 2003 il ne restait plus que 56 CLCR, 19 en 2005 et une dizaine aujourd'​hui[(En fait neuf, financés chacun par une ONG. Il n'y a plus aucun crédit public pour un contrôle indépendant de la radioactivité. Les enfants des écoles apprennent à opérer ces matériels et sont ainsi associés à la radioprotection des villages où ils vivent.)]… L'​action la plus dangereuse dirigée contre //BELRAD// a suivi une attaque au vitriol de Edmund Lengfelder contre Vassily Nesterenko qu'il accusait d'​être à la solde de l'​in­dustrie atomique dans un rapport labellisé Otto Hug Institut, diffusé en janvier 2007. Le 25 juin 2007 en effet, suite au refus de Nesterenko d’assumer la direction de la construction de la première centrale atomique biélo­russe[(Ce n'est qu'​après le décès de Vassily Nesterenko en août 2008 que le projet de centrale nucléaire biélorusse prit forme. Moscou fi­nance et construit. Les travaux viennent de commencer.)],​ le Président Loukashenko signa l'​oukase suivant :​  **« Prendre les mesures nécessaires pour traduire en justice l’entreprise unipersonnelle privée “Institut de radioprotection //​Belrad//​” […] ainsi que les personnes coupables de tolérance envers les infractions commises par cette entreprise… »**. Le physicien usa ses der­nières forces pour contrer l'​attaque mais, épuisé, décéda l'​année suivante.\\
 +<​tab>​Les menées de Lenfelder ayant été dénoncées par nos soins après ses offres de service au Japon en 2011, où il a continué de dénigrer l'​action de //BELRAD//, son texte de janvier 2007 a été retiré de la base de données de l'//​Otto Hug Institut//. C'est pourquoi nous le portons à la connaissance de chacun dans la base documentaire de notre site (année 2007), avec quelques commentaires[(http://​enfants-tchernobyl-belarus.org/​doku.php?​id=base_documentaire:​articles-2007:​etb-165)] en guise de bonus.\\
 +<​tab>​L'​œuvre de //BELRAD// est considérable et unique. **La réduction de ses moyens qui le fait entièrement dé­pendre de soutiens privés étrangers depuis près de neuf ans** (le dernier soutien public date de 2005, apporté par l'​Ambassade du Japon à Misnk) a contraint l'​institut à sélectionner soigneusement ses interventions. Pour ce faire il a établi deux //ATLAS (1 et 2)//​[(http://​enfants-tchernobyl-belarus.org/​doku.php?​id=base_documentaire:​articles-2010:​etb-065)],​ terminés en 2007, des contaminations corporelles des enfants des zones contaminées pour retenir prioritairement les villages les plus à risque. Depuis quelques années le nombre d'​en­fants suivis se monte à environ 25 000 qui font l'​objet de deux mesures de leur radioactivité corporelle par an. Ceux qui le nécessitent reçoivent une boîte de comprimés de //​Vitapect//,​ pour une cure d'​environ un mois. Ce chiffre de 25 000 représente 8% environ de tous les enfants vivant dans des régions contaminées.\\
 +<​tab>​En 18 ans près de 460 000 mesures de la radioactivité corporelle ont été archivées, une base de données unique au monde. Elles s'​ajoutent aux quelques 400 000 mesures de la contamination des aliments.\\
 +<​tab>​Un manuel de radioprotection est diffusé depuis 2003. Sa version japonaise a connu un immense succès lors de sa publication en septembre 2011 au Japon. Une version française est disponible depuis 2012 sous le titre Après l'​Accident Atomique[(http://​enfants-tchernobyl-belarus.org/​doku.php?​id=bibliographie#​apres_l_accident_atomique_guide_pratique_d_une_radioprotection_efficace )]. Des versions anglaise, allemande et norvégienne viennent d'​être publiées en 2013 et 2014.\\
 +{{:​tchernobylforever:​hb-03.jpg?​300 |}}<​tab>​Dès fin mars 2011 //BELRAD// s'est engagé aux côtés des associations et des scientifiques japonais. Le pre­mier geste symbolique de solidarité a consisté en l'​envoi de 2 caisses de flacons de //​Vitapect//​. Depuis, les échanges d'​informations sont permanents :​ visites de militants, de jour­nalistes et de scientifiques et médecins ja­ponais à Minsk, voyages d'​étude de //BELRAD// au Japon. Outre qu'​elle les guide dans leurs actions, la transmis­sion de l'​expérience de l'​Institut apporte aux japonais des informations solides pour résister à la désinformation des autorités internatio­nales de radioprotection et aux dispositions inappropriées prises par le gouvernement japonais.\\
 +<​tab>​Aujourd'​hui,​ en fait depuis plus d'un an, l'​Institut af­fronte une évolution économique marquée par un renchér­issement important du coût de la vie et du taux des taxes.\\
 +<​tab>​C'​est la conséquence de la promesse électorale de Lukashenko d'​accroître les salaires des fonctionnaires. Trois collaborateurs de //BELRAD//, soit 10% des effectifs, ont donné leur démission car ils n'​arrivaient plus à joindre les deux bouts. Il faut donc absolument et rapidement renflouer la trésorerie de l'​Institut pour que son principal soutien financier et moral, l'​association //Enfants de Tchernobyl Belarus//, trouve le temps de développer ses activités afin de relever le défi de maintenir //BELRAD//, comme elle l'a fait en 2001 à l'​appel de Vassily Nes­terenko lorsque l'​Institut était entré dans une phase de col­lapsus financier.
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 +~~REFNOTES~~
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 +==== 5 - ETB et BELRAD ====
 +;#;<fs medium>//​Enfants de Tchernobyl Belarus// et //​BELRAD//​ :​ un long parcours solidaire.</​fs>;#;​\\
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 +<​tab>​Solange et Michel Fernex, l'une écologiste de toujours et Députée européenne et l'​autre également écolo­giste de terrain, passionné d'​ornithologie,​ et Professeur de médecine à l'​Université de Bâle, ont mis la main dans l'​“engrenage Tchernobyl” le 28 avril 1986, et ils ne sont pas les seuls. Participant depuis 1993 à de nom­breuses rencontres avec des médecins, des liqui­dateurs et des scientifiques de toutes disciplines,​ ils ont fait la connaissance de Vassily Nesterenko et de l'​Institut //BELRAD// lors d'un congrès en 1995.
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 +{{popup>:​tchernobylforever:​etbb-01.jpg?​400 |}}
 +</​boi>​
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 +++++lire la suite|
 +<​tab>​Michel Fernex a suivi de près tous les travaux et recherches entrepris par Vassily Nesterenko pour quali­fier l'​usage de la pectine mélangée à des vitamines et des antioxydants (protection contre les radicaux libres produits dans l'​organisme par les rayons ionisants et certains toxiques chimiques). Tous les reproches faits à ce complément alimentaire,​ fondés sur l'​ignorance ou la mauvaise foi (Lengfelder encore…), ont été méthodiquement balayés[(Cf note 8 du chapitre 4 ci-dessus.)]\\
 +<​tab>​Les contacts se sont poursuivis sans interruption depuis. Il ne s'agit pas de contacts bilatéraux mais d'​intenses échanges avec tout ce que le monde médical et scientifique de l'​ex-URSS et au-delà compte de médecins, chercheurs, journalistes et responsables engagés dans l'​étude des dommages humains et écologiques engendrés par Tchernobyl et dans les moyens de les atténuer. On ne compte pas le nombre de colloques et groupes de travail qu'ils ont organisés, ou auxquels ils ont participé et assisté. Ces rencontres ont ainsi permis d'​établir une belle relation de travail avec l'​équipe de la télévision suisse dirigée par le réalisateur Wladimir Tchertkoff[(Liste des films réalisés avec Emanuela Andreoli : "Nous de Tchernobyl"​ - 54', TSI 1991 ; "Le piège atomique"​ - 47',​ TSI 1999 ; "Youri et Galina Bandajevsky"​ - 30', 2000 ; "Le sacrifice"​ - 24',​ Feldat Film 2003 ; "​Controverses Nucléaires"​ - 50',​ Feldat Film 2004 ; "​Vassili Nesterenko"​ -19', Feldat Film 2008. Tous visibles sur le site d'//​ETB//​.)].\\
 +<​tab>​La première grande action collective internationale,​ à laquelle Solange Fernex apporta une contribution majeure, eut lieu à Vienne du 12 au 15 avril 1996. Il s'est agi de la session du //Tribunal permanent des peuples// consacrée aux implications environnementales,​ sanitaires et pour les droits humains de la catastrophe. La coordinatrice de cette remarquable entreprise était l'​irlandaise Adi Roche, Directrice exécutive du //Chernobyl Children'​s Project//. Les minutes de la session ont été publiées en anglais, français[(http://​enfants-tchernobyl-belarus.org/​doku.php?​id=base_documentaire:​articles-1996:​etb-097)],​ allemand, italien, espagnol, russe et depuis deux ans en japonais.\\
 +<​tab>​Cette très brève et trop partielle introduction qui laisse tant de personnes éminentes et tant de contributions essentielles injustement dans l'​ombre rappelle que les grandes initiatives collectives ne tombent pas du ciel comme des alouettes déjà rôties. Elles ne peuvent voir le jour qu'​après une longue gestation au cours de laquelle des personnes font connaissance,​ apprennent à s'​apprécier,​ tissent des liens de confiance et commencent à travailler ensemble. Les travaux commencent à petite échelle puis se développent et prennent peu à peu toute leur consistance. Lorsque les événements l'​exigent,​ alors ces personnes donnent le meilleur d'​elles-mêmes. Un tri s'​opère. Les gens pas assez motivés restent aux marges.\\
 +<​tab>​Nos organisations,​ //BELRAD// et //ETB//, se renforcent mutuellement de ces collaborations inscrites dans la du­rée. Elles participent d'un processus historique, à ce titre irréversible. Que l'une défaille et cesse d'​honorer ses engagements,​ alors l'​autre sera affectée jusqu'​au risque de disparaître. D'​autres dégâts collatéraux toucheront en cascade les partenaires de l'une et l'​autre. Ce serait une perte immense pour les enfants touchés par Tchernobyl.\\
 +<​tab>​Ainsi,​ celles et ceux qui fonderont //Enfants de Tchernobyl Belarus (ETB)// le 27 avril 2001 se connaissaient depuis une demi-douzaine d'​années et savaient qu'ils partageaient la même conviction :​ Tchernobyl avait changé le cours de leur vie. Ils y consacraient déjà le meilleur de leur expérience et de leur énergie. Ils partageaient aussi la conviction que le sujet imposait le respect de la plus grande exigence intellectuelle mais également la modestie face aux immenses dégâts humains qu'il fallait tenter de comprendre et limiter. Ils sont maintenant unis par une quête sans fin propre à combattre le déni conformé et propagé par les apôtres du mensonge et de la dissimulation,​ mais aussi la complaisance des croyants dans ce mélange d'​arrogance,​ de paresse et de stupidité qui les caractérisent si souvent.\\
 +<boi frame-light 310px left>
 +{{popup>:​tchernobylforever:​etbb-03.jpg?​300}}\\ <​html><​center><​p style="​font-size:​80%;">​Exposition organisée par le collectif IndependentWHO au Trocadéro (24 au 26 avril 2010)</​p></​center></​html>​
 +</​boi>​\\
 +<​tab>​Solange Fernex entreprit une action symbolique de portée toujours actuelle : rassembler les portraits (en général de simples photos d'​identité en noir et blanc) d'un grand nombre de liquidateurs décédés. Plus d'un millier furent ainsi collectés et pour la plupart agrandis et disposés sur des supports pour des présentations publiques. Noms, prénoms, dates de naissance et de décès sont mentionnés. On constate combien étaient encore jeunes lorsque la Grande Faucheuse les a rattrapés. Tous ceux qui ont vu des expositions de ces portraits sont repartis bouleversés.\\
 +<​tab>​La situation prit un tour sans cesse plus inquiétant vers la fin des années 90. Les crédits alloués par le gou­vernement ​ biélorusse ​ à  //​BELRAD// ​ tendait vers zéro ; les interventions des agences internationales de radiopro­tection et de personnages comme Lengfelder minaient les soutiens publics mais aussi parfois privés venant de l'​étranger ;​ la fruc­tueuse collaboration avec Youry Bandazhevsky,​ Galina Bandazhevskaya et leurs équipes allait brutalement s'​in­terrompre avec l'​arrestation et la condamnation pour corruption du premier, Directeur de l'​Insti­tut médical de Gomel[(La publication d'une partie des travaux de Y. Bandazhesky fut réalisée par les soins de //BELRAD//. Cf. sa version numérique à :\\ http://​enfants-tchernobyl-belarus.org/​extra/​pdf-divers/​telecharge.php?​pdf=etb-94.pdf )] ; les controverses assassines visant à déconsidérer la méthode de //BELRAD// et l'​usage du //​Vitapect//​ bat­taient leur plein ; le programme //​ETHOS//​[(http://​enfants-tchernobyl-belarus.org/​doku.php?​id=base_documentaire:​articles-2003:​etb-050\\ http://​enfants-tchernobyl-belarus.org/​doku.php?​id=base_documentaire:​articles-2013:​etb-133\\ http://​enfants-tchernobyl-belarus.org/​doku.php?​id=base_documentaire:​articles-2013:​etb-132 )] financé par la Communauté européenne était en cours dans une région de Belarus, dont le seul résultat tangible, à côté d'un échec sanitaire avéré, fut la mise sur la touche de //​BEL­RAD//​.\\
 +<​tab>​Au début du XXI<​sup>​e</​sup>​ siècle //BELRAD// touchait le fond. Vassily Nesterenko sollicitait l'aide de toutes parts au­près de ses amis à l'​étranger. En France, Solange, Michel et Etienne Fernex, Wladimir Tchertkoff et Galia Ackermann s'​entendirent pour créer //ETB//. Vassily Nesterenko, comme Directeur de //BELRAD//, fut associé statu­tairement au Bureau de l'​association en tant que Vice-président. Les buts de cette dernière :​ collecter des fonds pour l'​Institut et diffuser toute information sur la réalité sanitaire dans les territoires contaminés. La radioprotec­tion des enfants, les plus vulnérables à l'​action des radiations, constitue l'​objectif prioritaire de ce partenariat.\\
 +<​tab>​Par la suite une petite partie des fonds collectés (de l'​ordre de 5%) a été attribuée au //​Laboratoire de Sûreté Génétique de l'​Académie Nationale des Sciences du Belarus// pour l'​achat d'​équipements de pointe à l'​étranger (opération interdite sur fonds publics). Cette dotation permet au laboratoire de poursuivre des recherches géné­tiques et périgénétiques de pointe sur les conséquences de Tchernobyl, d'​accroître sa crédibilité auprès de la di­rection de l'​Académie et de maintenir sa visibilité internationale dans les grands congrès scientifiques interna­tionaux. L'​étude des séquelles génétiques de l'​accident est évidemment indissociable de la radioprotection des enfants dont elle constitue une motivation essentielle pour préserver l'​avenir des générations futures.\\
 +<​tab>​Parallèlement à cette recherche de soutiens financiers, Michel Fernex se lança dans une opération d'une grande portée stratégique :​ faire publier quelques études essentielles réalisées par Y. Bandazhevsky et des collaborateurs et par Vassily Nesterenko dans une revue à comité de lecture en langue anglaise. Deux enjeux majeurs : soutenir l'​intérêt de la communauté scientifique pour la libération d'un des leurs, Youri Bandazhevsky,​ en portant à la connaissance de tous l'​importance de ses travaux[(http://​enfants-tchernobyl-belarus.org/​doku.php?​id=base_documentaire:​articles-2004:​etb-088\\ http://​enfants-tchernobyl-belarus.org/​doku.php?​id=base_documentaire:​articles-2004:​etb-036)] ;​ apporter une contribution décisive au débat sur l'​efficacité de la pectine pour accélérer l'​élimination du Cs<​sub>​137</​sub>​ incorporé dans l'​organisme.\\
 +<​tab>​On ne pouvait atteindre le second objectif, compte tenu du mauvais procès fait à ce complément alimentaire,​ sans prendre un maximum de précautions méthodologiques. Un protocole à double insu a été défini par Vassily Nesterenko et Michel Fernex et confirmé par les experts du //Centre Nucléaire d'​Ispra//​[(Les propriétés des préparations à base de pectine étaient l'​objet principal de la visite des Pr Michel Fernex et Vassily Nesterenko à Ispra. Voir le rapport :​\\ http://​enfants-tchernobyl-belarus.org/​doku.php?​id=base_documentaire:​articles-2002:​etb-167)]. Il a été mis en œuvre en juin 2001 lors du séjour de deux groupes de 32 enfants contaminés par le Cs<​sub>​137</​sub>​ dans un sanatorium où toute la nourriture distribuée était propre. Le premier groupe recevait du //​Vitapect//​ et le second un //​placebo//​. Les résultats statistiquement hautement significatifs en faveur de la prise de //​Vitapect//​ ont été publiés en 2004 par la revue à comité de lecture [peer reviewed article] //Swiss Medical Weekly//​[(http://​enfants-tchernobyl-belarus.org/​doku.php?​id=base_documentaire:​articles-2004:​etb-124 et sa traduction française :​\\ http://​enfants-tchernobyl-belarus.org/​doku.php?​id=base_documentaire:​articles-2004:​etb-088 )].\\
 +<​tab>​A peine cinq ans après sa fondation //ETB// traversa une épreuve terrible avec le décès de Solange Fernex et un grave accident de santé de Michel Fernex. La situation aurait été désespérée pour //BELRAD// si une associa­tion amie, //Les Enfants de Tchernobyl//​[(http://​www.lesenfantsdetchernobyl.fr/​02B1_Historique.php )], qui organise chaque année depuis 1993 l'​accueil familial de centaines d'​enfants essentiellement ukrainiens durant trois à quatre semaines, n'​avait pas durant plusieurs mois apporté son aide opéra­tionnelle. Cependant les responsabilités que Solange Fernex avaient prises au sein de l'​association étaient telles que le contrecoup restait rude. //BELRAD//, installé dans ses nouveaux bâtiments de Minsk construits grâce à un don privé aussi considérable qu'​inespéré,​ courait le risque d'une asphyxie financière à court terme.\\
 +<​tab>​Madame Danielle Mitterrand était une amie de longue date de Solange Fernex et avait manifesté dès le dé­but toute sa sollicitude pour les victimes de Tchernobyl. Elle avait aussi largement participé avec la Fondation //​France-Libertés//​[(http://​www.france-libertes.org/​ )] à la campagne pour la libération de Youry Bandazhevsky. Ayant été alertée, elle fit voter par le Conseil d'​Administration de la fondation une aide exceptionnelle attribuée durant trois ans[(La première année : 50% du budget de //​BELRAD//​ ;​ 25% la seconde année et 12,5% la troisième.)],​ le temps que //ETB// se réorganise et retrouve toute sa capacité d'​action. L'​existence de //BELRAD// a ainsi été sauvegardée.\\
 +<​tab>​Il serait trop long ici de donner la liste des actions de E//T//B et de ses membres actifs pour faire connaître la situation sanitaire du Belarus, la multiplicité des dégâts causés par Tchernobyl et le rôle de //BELRAD// pour pro­téger les enfants les plus exposés aux retombées radioactives de la catastrophe. N'en citons qu'une particulière­ment remarquable,​ le livre de Wladimir Tchertkoff, //Le Crime de Tchernobyl//,​ publié en 2006 par les //Editions Actes Sud//​[(http://​enfants-tchernobyl-belarus.org/​doku.php?​id=bibliographie,​ on y trouvera aussi nombre d'​ouvrages de référence.)]. Toutes ces actions sont décrites dans les comptes rendus des assemblées générales et dans les bulle­tins de l'​association dont on peut prendre connaissance sur son site web. D'​autres publications sont présentées aux rubriques //base documentaire//​ et //​archives//​.\\
 +<​tab>​Il est temps de chiffrer les choses, tant en coûts qu'en résultats. On verra que la structure des relations entre //BELRAD// et //ETB// est la seule pouvant garantir l'​existence de l'​Institut et la pérennité du soutien de l'​asso­ciation. On constatera aussi que le choix de //ETB// pour l'​action de //BELRAD// répond à l'​obligation envers les do­nateurs de faire le plus avec le moins[(À ce propos, les bilans certifiés de l'​association (cf son site web) montrent que les frais généraux ne dépassent pas 5% des mon­tants collectés.)].\\
 +<​tab>​On sait qu'il n'est pas facile d'​exercer une activité sociale indépendante au Belarus : les associations et syn­dicats sont interdits ainsi que tout rassemblement de plus de trois personnes. Les opposants politiques sont poursuivis et souvent emprisonnés. On ne peut donc que se réjouir que Vassily Nesterenko ait choisi un statut d'​entreprise pour //BELRAD//. Les relations avec //ETB// s'​établissent sur une base strictement commerciale. Y atten­ter serait violer les réglements internationaux en la matière. //BELRAD// et //ETB// signent donc des contrats com­merciaux d'une durée en général annuelle ou bisannuelle. Chaque mois l'​Institut envoie un rapport d'​activité pour l'​exécution de la part correspondante du contrat, assorti d'une facture. L'​association exécute alors le trans­fert par virement bancaire. Les investissements sont financés sur devis détaillés et signés (équivalents à une fac­ture //​proforma//​).\\
 +<​tab>​Il arrive malheureusement que les fonds disponibles soient insuffisants et que //BELRAD// se trouve alors dans une situation difficile. Depuis deux ans la tendance n'est pas bonne : les prix et taxes augmentent au Bela­rus alors que les ressources des donateurs baissent plutôt. S'y ajoute le surcroît de sollicitations caritatives découlant du développement de la misère dans notre pays. Cette conjoncture a entraîné la démission de 10% des effectifs de l'​Institut l'an dernier.\\
 +<​tab>​On peut se représenter la situation de nos amis de //BELRAD// ainsi :\\
 +<​tab>​Ils doivent impérativement s'en tenir à une stricte neutralité politique et veiller à ne faire aucun impair de quelque ordre que ce soit. Les populations dont ils protègent les enfants cumulent pauvreté et radioactivité. Si on peut espérer que leur niveau de vie s'​améliorera un jour pas trop éloigné, la radioactivité de l'​environnement est installée pour longtemps, très longtemps. //BELRAD// s'​astreint donc à faire le maximum auprès des enfants, toujours à la limite de ses moyens. Remplacer par des embauches les personnes contraintes de quitter l'​Institut l'an dernier représente une gageure car les candidats éventuels demandent un salaire supérieur à ceux accordés aux collaborateurs de longue date. Bien que la force de la motivation de ces derniers soit grande, verser un sa­laire plus élevé à un arrivant introduirait la discorde dans le groupe. Or il faut absolument reconstituer l'​équipe et la ramener au minimum opérationnel de trente personnes. Le surcroît de travail demandé par les trois départs de l'an dernier ne peut perdurer, c'est évident.\\
 +<​tab>​L'​opération spéciale //​Tchernobyl forever// poursuit deux objectifs simultanés :​ procurer une grande bouffée d'air frais à la trésorerie de l'​association pour permettre une augmentation immédiate des versements mensuels à //BELRAD// (les faire passer durablement de 13 000 en 2013 à 16 000 €) ; faire connaître les buts de l'​association et l'​action de l'​Institut à de nouvelles personnes et élargir ainsi le nombre des contributeurs fidèles.\\
 +<​tab>​La contribution mensuelle de //ETB// couvre 70 à 80% des dépenses de //​BELRAD//​[(Cette proportion élevée résulte des liens historiques établis par Solange et Michel Fernex et Wladimir Tchertkoff avec Vassily Nes­terenko. Les contributions venant des autres pays et les recettes propres de l'​Institut ont un peu augmenté récemment ;​ notamment la contribution des associations japonaises suite à l'aide que leur a apporté l'​Institut après la catastrophe de Fukushima. Les inter­ventions de //ETB// (notamment le voyage de Michel Fernex au Japon en mai 2012) s'​inscrivent dans le même mouvement.)]. Ainsi, avec l'​équivalent d'en gros 20 000 € l'​Institut réalise chaque mois ses missions de terrain au bénéfice de la protection d'​environ 2 000 enfants ou un peu plus. On voit donc que l'​ensemble des activités de l'​Institut — à savoir, les mesures de la radioactivité de la nourriture, celles de la radioactivité corporelle des enfants, la distribution de //​Vitapect//​ à ceux qui sont contaminés,​ l'​éducation des parents et du personnel enseignant des écoles, les stages de formation de spécialistes-radiométristes (plus de 800 personnes en ont bénéficié),​ la collecte des mesures des //CLCR//, la maintenance des équipements et des véhicules, l'​entretien des bâtiments et les tâches administratives — ainsi que les salaires, taxes diverses, dépenses en eau, carburant, électricité et gaz, les assurances et les consom­mables informatiques… aboutissent,​ tous comptes faits, à un coût moyen de 10 €/an pour la radioprotection d'un enfant. Il s'agit d'une radioprotection extensive minimale[(Extensive au sens que chaque enfant n'est en général suivi qu'une fois par an, sauf grave accident de contamination qui demande­rait une surveillance renouvelée une fois de plus.)], mais bien ciblée, en faveur des enfants les plus ex­posés alors qu'il serait idéalement préférable d'​assurer une radioprotection intensive sous forme de quatre inter­ventions par an, une par trimestre. L'​objectif reste hors de portée pour l'​instant.\\
 +<​tab>​Mis au ban des nations le Belarus subit plus qu'​aucun autre pays les séquelles de la catastrophe de Tcher­nobyl. Coupée de toute assistance extérieure institutionnelle,​ victime de la stratégie de déni des organismes onusiens chargés de la radioprotection et de l'​évaluation des effets des radiations, privée de la possibilité de s'​or­ganiser de façon indépendante,​ plongée dans les difficultés économiques,​ découragée par l'​absence de perspec­tive d'​amélioration de la situation, la population biélorusse habitant dans les territoires contaminés par les retom­bées radioactives de l'​accident endure un sort peu enviable. La présence opiniâtre et solidaire de l'​Institut //​BEL­RAD//​ à ses côtés est irremplaçable. Elle permet à chaque famille de tenir, de ne pas baisser les bras et incite pa­rents et maîtres d'​école à limiter au maximum la consommation d'​aliments contaminés. //BELRAD// voudrait faire plus ; //BELRAD// rêve de disposer des 2 à 3 millions d'​Euros annuellement nécessaires pour se développer et of­frir son expertise et ses services à tous les enfants exposés à la pollution de Tchernobyl. Seule une solidarité in­ternationale élargie permettra d'​approcher cet objectif.\\
 +<​tab>​Et quand les circonstances s'y prêteront, alors le trésor scientifique que représente les 460 000 mesures de la radioactivité corporelle (une bonne dizaine d'​années de suivi par enfant) pourra être croisé avec les statis­tiques médicales du pays. L'​action du césium incorporé sur la santé sera alors scientifiquement établie à tous les termes, court, moyen et long, et on aura une meilleure connaissance de son effet sur les générations d'​après Tchernobyl. Seul un traitement épidémiologique indépendant de ces données peut garantir l'​honnêteté des résul­tats de ces études. Le maintien de l'​Institut //BELRAD// en constitue la condition impérative. Sinon, au désastre sa­nitaire s'​ajoutera un désastre scientifique sans précédent[(Sans précédent dénoncé car une plongée dans l'​Histoire révèle qu'il n'est pas le premier de cette nature avec une telle origine.)] car délibérément promu et organisé par ceux-là même qui se sont arrogé la mission d'​assurer la radioprotection du monde et en ont tiré une autorité scellée par des votes de l'​Assemblée Générale des Nations-Unies !\\
 +<​tab>//​Tchernobyl forever// est un cri de ralliement. Les conditions du désastre sont réunies mais ses effets sont évitables. La menace radioactive est tenace. Aux hommes le courage de la regarder en face, sans baisser le re­gard. Aux hommes la lucidité de penser d'​abord à la santé de leurs enfants et à l'​avenir de leurs lignées. Qu'ils ne se comportent jamais comme les campagnols roussâtres étudiés par l'​équipe de la généticienne Roza Gon­charova,​ ces rongeurs qui pour consommer sans discernement tout ce qui passe sous leur museau propagent un fardeau génétique toujours plus lourd à la génération suivante.\\
 +<​tab>​Il est temps de conclure[(Encore que le mot soit plus que jamais inapproprié,​ selon la formule fameuse de Gustave Flaubert : “L'​ineptie c'est de vouloir conclure !”)] avec cette phrase par laquelle le Pr Dimitri Alexandrovitch Popov, adjoint du pa­tron de la radioprotection soviétique Léonid Ilyin, mit fin à une conférence de travail, le 18 avril 1989, au siège de l'​administration du raïon de Novozybkov à laquelle l'​auteur de ces lignes participait en tant qu'​enquêteur in­dépendant et contradicteur avec son ami l'​agronome et écologiste Patrice Miran, face aux différents respon­sables pour l'​agriculture,​ la santé etc de ce district parmi les plus pollués de la République de Russie. Excédé par le tour qu'​avaient pris les discussions il déclara : “//Si les gens ne savaient pas, leur organisme s'​adapterait//​”. \\
 +<​tab>​Les rats ne savent pas et, malheureusement pour eux, ils ne s'​adaptent pas[(À ce sujet, voir : http://​enfants-tchernobyl-belarus.org/​doku.php?​id=base_documentaire:​articles-2006:​etb-068\\ http://​enfants-tchernobyl-belarus.org/​doku.php?​id=base_documentaire:​articles-2005:​etb-037\\ http://​enfants-tchernobyl-belarus.org/​doku.php?​id=base_documentaire:​articles-2005:​etb-051\\ http://​enfants-tchernobyl-belarus.org/​doku.php?​id=base_documentaire:​articles-2012:​etb-112\\ http://​enfants-tchernobyl-belarus.org/​doku.php?​id=base_documentaire:​articles-2012:​etb-121\\ http://​enfants-tchernobyl-belarus.org/​doku.php?​id=base_documentaire:​articles-2011:​etb-024 )].
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 +~~REFNOTES~~
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